Résumé par Stanislas Lyonnet de son intervention en ouverture de la journée du 18 janvier 2020 « Pouvoir de la science / Pouvoir de l’imagination »

Traiter d’imagination et génétique, pousse à d’abord se poser la question d’une influence de la génétique, et par conséquent de l’hérédité, dans les capacités imaginatives de l’être humain. Beaucoup d’éléments de sciences évolutives, anthropologiques, tirés aussi des neurosciences et de l’imagerie cérébrale, et même de certaines études de génétique moléculaire laissent effectivement penser qu’il y a un certain degré d’héritabilité aux capacités d’imagination ; si tant est qu’on les évalue sur des tests simples, voire simplistes. Mais, naturellement, c’est la question de l’imagination de la génétique qui doit pouvoir attirer le plus notre attention. Imaginez les trois dimensions de la génétique, créatrice et d’explication du passé, c’est-à-dire proche des questionnements œdipiens, prométhéenne dans ses dimensions fantasmatiques du bricolage du corps humain jusqu’au transhumanisme, oracléenne dans les capacités qu’on lui prête, car on les lui « imagine », de prédire notre avenir et celui de notre espèce. Il est là aussi question de l’histoire de l’imagination de l’hérédité dans les grands courants de pensée philosophique et scientifique. Ces trois ordres sont à l’œuvre dans la pratique de la génétique clinique, humaine et médicale, et, au fond, le nom même de l’institut des maladies génétiques, Imagine, s’est inspiré de cette analyse. Ce sont enfin la mise en oeuvre des mécanismes de l’imagination scientifique pour aborder les questions des découvertes et de la recherche dans le domaine de la génétique. Et là, comme dans l’ensemble du champ épistémologique, nombreux sont les exemples qui montrent que l’imagination est une force créatrice scientifique aussi essentielle que le sont l’expérience et la théorie auxquelles elle est indispensable.

Stanislas Lyonnet, généticien, directeur de l’Institut Imagine.