Familles à l’épreuve du confinement

Vedette

Samedi 13 juin 2020 de 10h à 12h
Visio-conférence sur Zoom

Nous avons tous fait cette expérience concernant la famille, nous avons tous été sollicités par certains événements heureux ou malheureux…

La SMP ouvre un appel à témoignages.
Ecrivez le vôtre ci-dessous dans les commentaires.

Après en avoir pris connaissance, un dialogue s’engagera samedi 13 juin en visio-conférence sur Zoom avec pour intervenants :
Franck Dugravier (pédiatre), Michèle Levy-Soussan (médecin de soins palliatifs), Sophie Marinopoulos (psychanalyste) et Nathan Wrobel (gynécologue-obstétricien)
Modérateur : Danièle Brun (psychanalyste)

Une contribution de 5 euros sera demandée pour y participer.

Le « Poème de la médecine »

Texte de l’intervention de Franck Dugravier lors de la journée du 18 janvier 2020 « Pouvoir de la science / Pouvoir de l’imagination »

Imaginer, s’imaginer, se faire des idées, fantasmer…
Parler d’imagination en médecine, c’est un peu prêter le flanc, parce qu’on introduit, dans un processus reconnu comme scientifique, une autre dimension, celle de la créativité et de l’invention, de l’intuition bien sûr, mais aussi celles, toujours possibles, de l’irrationnel et de l’illusion…
Il est intéressant de penser qu’à celle d’imagination s’associe celle d’inachèvement, et donc d’évolutivité, une pensée en mouvement, quelque chose de non figé, ne pas avoir de certitude… sans que rien devienne incertain. Pierre Bonnard, quand il allait dans un musée abritant certains de ses tableaux, amenait toujours avec lui un pinceau et quelques tubes de couleurs. Et, quand les gardiens ne faisaient pas attention, hop, il opérait quelques rajouts ou retouches.

Alors, je m’expose probablement, d’autant que j’ai choisi de vous parler de poésie,
je m’en expliquerai, et de correspondances.
Mais aussi de médecine, plus précisément de pédiatrie, et de vous dire pourquoi tout ceci est pour moi en lien.
En pédiatrie, particulièrement avec les bébés, il faut faire preuve d’imagination, car il arrive que la consultation « s’invente », au fur et à mesure.
Vous vous demandez peut-être ce que l’imagination a à voir avec une consultation médicale ?
Il est vrai que, s’agissant de médecine, le mot évoque plutôt des découvertes brillantes, ou spectaculaires, de celles qui peut-être révolutionneront le monde.

Eh bien non… il s’agit là de ramener le pouvoir de l’imagination à la sphère de l’intime, à la relation thérapeutique, à notre fonction de médecin, soigner, avoir souci de l’autre, et pour moi du bébé, de sa famille et de la dynamique qui les anime.

• La poésie et la médecine, la science : peuvent-elles fouler les mêmes terrains?
Si l’on se réfère à son étymologie, la poésie est l’acte de créer.
Mais, vous le savez bien, poésie, poème, ces mots ont aussi une attache au langage et à la parole.
Il peut s’agir, par l’écriture poétique, mais dans une forme d’expression bien particulière, de « mettre à portée », par le rythme, par le choix des mots, et par les mots eux-mêmes.

• Alors, « Poème de la médecine » ?
C’est le titre qu’Avicenne a choisi de donner à son ouvrage : Urzuga fi’t Tib, Poème de la médecine.
En 1326 vers, il y résume son énorme Qanun, et dit dans sa préface
Que ce « poème » « contient tout ce qu’il savait de cette science ».
Ce texte, la poésie pour dire la science, a continué d’influencer l’enseignement de la médecine jusqu’au 16è siècle, voire un peu plus tard, milieu du 17è.
Mais décliner et enseigner la médecine sous forme de poèmes était une habitude ancienne. Très longtemps avant, deux siècles avant notre ère, Nicandre de Colophon, par exemple, médecin lui aussi, avait écrit deux textes de poésie médicale.
Les Thériaques, traitait des morsures venimeuses,
l’autre, les Alexipharmaques, du poison et de ses antidotes.

• La médecine est présente
Ou du moins la maladie et la souffrance,
chez beaucoup d’écrivains et poètes non médecins, comme Claude Esteban avec Trajet d’une blessure, Camille Laurens ou Pierre Péju, ou Jean-Luc Nancy avec L’Intrus.
Mais de nombreux médecins/écrivains, ou écrivains/médecins, se sont, eux, clairement posé la question de savoir si médecine et écriture poétique étaient compatibles, et celle de savoir si les associer avait quelque intérêt.
Parmi eux, Lorand Gaspar, qui était chirurgien, William Carlos Williams, pédiatre américain dans les années 20 à 40, devenu chef de file des mouvements de poésie américaine des années 50 / 60.
Tous deux ont dit que leur métier a probablement fortement influencé leurs écrits poétiques. Lorand Gaspar a écrit, dans ce qu’il a appelé « Feuilles d’observation » :
« La médecine tend à prendre toute la place dans mon quotidien, elle s’insinue jusque dans le sommeil. On ne négocie pas avec l’urgence. Mais plus on est bousculé, plus il est impérieux de s’arrêter, de regarder, de s’aérer. Le temps de noter une idée, un étonnement. Ces feuilles me sont une façon de respirer. »

• Je vous dirai en quoi, pour moi, la poésie, mais aussi l’écriture, la musique et bien d’autres activités se sont toujours associées à l’exercice de la médecine comme des compléments naturels, dans une interdépendance qui s’est imposée comme une nécessité. En bref, il ne pouvait en être autrement. La question n’était pas de savoir si c’était compatible, c’était indissociable.
Il m’a toujours semblé que cette mise en harmonie était indispensable au maintien de ma cohérence interne, vous préfèrerez peut-être dire « psychique ».

Je crois que je n’aurais pas su pratiquer la médecine si tout cela n’avait pas fonctionné en résonance, y compris dans des domaines apparemment étrangers les uns aux autres, mais qui, pour moi, se nourrissent les uns des autres…

Si je dois retenir un mot qui puisse expliquer ce que je vous dis, je choisis celui de Correspondances, en référence peut-être au poème des Fleurs du mal qui m’a révélé ce mot et sa portée:

« Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se confondent ».

Je veux aussi souligner, c’est très important, qu’il est indispensable pour l’imagination de recueillir le travail de nuit, la pensée traversée et travaillée par le rêve.
Alors, si vous vous réveillez et que vous pensez avoir une idée, écrivez-la, profitez de vos rêves, demain il sera trop tard, vous l’aurez oubliée.
Ce texte est né en grande partie de mes réveils nocturnes et inscriptions sur le champ.

• Je dois préciser pour me faire comprendre :
J’ai fait des études secondaires strictement littéraires.
Les mathématiques en étaient absentes, les enzymes s’appelaient des diastases et la génétique se limitait à la couleur et à la surface des petits pois de Mendel.
Je n’avais aucun sens des sciences et seule m’intéressait la littérature.
Ce ne sont donc, ni les sciences, ni la curiosité scientifique qui ont orienté mon choix d’être médecin, mais plutôt un lien à la vie, aux choses du vivant, et avant tout aux diverses facettes de « la vie humaine », et en même temps peut-être, une sorte de fascination pour la mort.

L’intérêt scientifique est venu beaucoup plus tard, quand se sont construits d’autres ponts, proposées des correspondances nouvelles.
Et surtout quand j’ai pu constater qu’à un certain niveau de fréquentation et de partage les diverses disciplines ne s’opposent plus, mais se complètent et trouvent des langages communs, créant une sorte de communauté de pensée, entre des matières qu’à priori pourtant rien ne rapproche.

Ainsi, j’ai été saisi par une progressive et croissante curiosité.
Je dis « curiosité », parce qu’il me semble que c’est certainement la clé de l’imagination, et de là, de la créativité.
Je ne pourrai l’exprimer mieux que ne l’a dit un poète espagnol (Anthony Mello) :
Avant, j’étais complètement sourd. Je voyais les gens, debout, tourner dans tous les sens. Cela me semblait absurde… Jusqu’au jour où j’ai entendu la musique. Alors j’ai compris combien la danse était belle.

• Maintenant, s’il s’agit d’imaginer, parlons de bébés, je les ai côtoyés toute ma vie.
Mais d’abord, je vous pose cette question, qui n’est pas une question anxieuse :

À votre avis, puis-je être une mère ?
Il se peut que vous la trouviez incongrue, que vous pensiez que c’est une plaisanterie, et qu’elle ne mérite même pas de réponse.
Je pensais comme vous… avant…
Pourtant, l’histoire que je vous raconterai plus loin vous montrera que je me trompais, que je peux être une mère, qu’il suffit d’un peu d’imagination…
Mère… tout au moins c’est ainsi que parfois mes patients peuvent me voir, et que je peux parvenir à m’imaginer.

• Mais parlons maintenant des premières consultations, celles des multiples hésitations.
On peut être admiratifs des bébés, qui ont assez d’imagination pour inventer leur mère. On peut aussi rendre hommage à l’imagination des mères, quand elle leur permet de ressentir au plus près ce que ressent leur bébé.
C’est ainsi qu’elles lui assurent, sans même le savoir, une contenance indispensable et une continuité suffisante.

Nous aussi, pédiatres, devant ce bébé qui nous est confié, que nous voyons, nous avons des impressions, des pressentiments, nous éprouvons des sentiments, et nous « l’imaginons », nous nous en faisons une idée, qui peut-être orientera la suite de notre réflexion, en y mêlant malgré nous le subjectif à l’objectif.
Ainsi nous pouvons, sans peur de nous tromper, imaginer qu’il pense quelque chose.
Et nous pouvons participer à amener ses parents à l’imaginer à leur tour, car bien sûr ils le savent mais ils n’osent pas le penser.

C’est pour cela, parce qu’ils ont perçu depuis le début que son monde intérieur est en marche, que ses parents, c’est une formule de Wilfried Bion, « lui prêtent leur appareil à penser les pensées ».

• Prêter… mais comment se fait ce prêt ?
Eh bien il me semble que c’est par les gestes ; les gestes, le regard, et la parole. En pédiatrie: on voit, on sent, on touche. Toucher fait partie de notre raisonnement.

Pour cela, donc, pas de grands mots, pas d’explication fourre-tout… des gestes : toucher, faire toucher, mettre en mouvement.
En sachant qu’entre le bébé et ses parents, cette mise en mouvement(s) est en même temps une mise en mouvement psychique, qui se fait en partie par le jeu des identifications , et, dans cette situation particulière, d’identifications entremêlées, entrelacées, car bien sûr nous n’en sommes pas exclus.
C’est par ce jeu qu’après tout je puis être une mère.
Winnicott aussi le disait, de façon presque facétieuse : « Pour pleinement apprécier le fait qu’on est une femme, il faut être un homme ; pour pleinement apprécier le fait qu’on est un homme, il faut être une femme ».

• Bien souvent, nous devrons donc sortir des sentiers battus, peut-être briser les codes, ou certains codes.
Du langage alors, avec le bébé, nous ferons un usage particulier, jusqu’à l’inventer, dans sa diversité, son chatoiement, ses balbutiements et ses roucoulades.

Très vite, l’évidence s’est donc imposée. Il fallait inventer un langage pour se rencontrer, construire un récit commun, sans chercher une cohérence verbale, inventer à chaque fois un instrument nouveau pour une communication hors normes.
À coup sûr ce bébé attend là de nous que nous soyons imaginatifs.

C’est un langage fait de mots, souvent de mots inhabituels, d’onomatopées, de bruits et de silence, de gestes et de regards, de distance et de proximité.
Il s’agit de dire à ce bébé qu’on comprend quelque chose de ce qu’il exprime, qu’on a peut-être, ensemble, des choses à se dire et à échanger.
Il faut lui faire confiance. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Henri Michaux, un poète, un autre, non médecin, qui parle des « enfants riches de nescience » : « Celui qui ne sait pas ou si peu et si mal, sait aussi quelque chose. Sans pouvoir, il tient un autre pouvoir ».

Mais il faut bien savoir qu’une grande part de ce que nous imaginons nous échappe, parce que nous n’en sommes pas conscients, que cela fonctionne, entre le patient et nous, comme un langage sous le langage, et que très vite cette forme de langage sera recouverte par un autre langage.
Et alors, ce que nous aurons su dire, ce que nous aurons su faire, nous l’oublierons ; ça n’avait de sens qu’avec « ce » bébé, à ce moment précis.

Bien évidemment il faut un médiateur. Ce langage passe donc par le corps du bébé.
Parce que, et c’est l’essence de la pédiatrie, c’est le corps qui est le médiateur.

• Alors, avançons dans notre examen :
Il est couché sur le dos, habillé.
D’abord ne pas le toucher,
l’approcher,
s’installer tous les deux dans le regard,
puis, doucement, poser la main – largement ouverte – sur son thorax,
sans que nous ne nous quittions du regard,
fléchir doucement ses jambes,
le réunir,
rester dans le regard.

Puis il s’agit, non pas de faire, mais de faire faire, c’est à dire non pas l’asseoir, mais le faire s’asseoir, non pas le tourner, mais le faire se tourner.

Encore une fois, le mettre en mouvement, et en même temps faire « glisser » ce mouvement vers ses parents, pour qu’ils se l’approprient et s’y laissent aller, à leur manière.
Nous devrons parfois aider l’un, l’une, ou l’autre à le percevoir et à s’y associer, non qu’ils ne sachent pas faire, mais parce qu’ils n’osent pas en avoir l’audace. (Pour cela il faudra peut-être leur prendre la main, mais là, il faut leur demander leur autorisation, parce qu’on ne peut se permettre de tirer profit de « l’asymétrie ».)

Garder un « toucher continu », sans le lâcher, un glissement, de la tête au tronc, et à la tête à-nouveau, sans rupture; c’est être contenant, faire que ce bébé trouve, garde, une contenance. Faire en sorte, par nos gestes, de l’aider à ressentir, à trouver, une limite extérieure qui le protège, l’unifie, une enveloppe .
De la main à la peau,
de la peau de la main à la peau du bébé,
et ainsi, à la perception qu’il y a un dehors et qu’il y a un dedans,
une proximité et une distance,
et donc un respect de l’intime et de l’extime.
(Pour tout cela, nous devons connaître nos propres limites et le cadre de notre intervention.)

• Les identifications /les correspondances
Comment parler de tout ceci sans évoquer la force des identifications et leur place dans l’imagination et l’invention.
C’est ce que dit Henri Michaux, encore lui puisque, vous l’avez compris, j’ai choisi de me placer sous le signe de la poésie : « Par ces multiples identifications, génératrices d’espaces… en ces premières années, vivre, c’est être ouvert… aux sons, aux couleurs, aux odeurs, aux mouvements… (ces mots reprennent ceux de Baudelaire…)
Winnicott avait lui-même dit que « les pédiatres sont capables de s’identifier à un nourrisson et de le maintenir ».

Curieusement, il ne m’a pas été difficile d’être parfois un bébé avec les bébés.
En plus, je ne m’en apercevais pas toujours.
C’est – tout à coup – une émotion vive, inattendue et imprévisible, l’impression subite qu’une communication étrange s’établit, d’une voix intérieure à une voix intérieure, une correspondance intense, presque troublante, généralement fugitive, quelques instants partagés.
En quelque sorte lui dire : « tu as en toi quelque chose du bébé que j’ai été, tu sais que j’ai conservé en moi quelque chose de ce bébé, et qu’à cause de ça, je peux être un peu du bébé que tu es ». Il me semble que ça lui fait plaisir de se l’entendre dire…

Par ce mot, identification, que j’entends comme « s’identifier à », je ne veux pas dire « se mettre à la place de », pas du tout, il s’agit plutôt, mais à notre insu, d’un déplacement, de décaler son regard, regarder d’ailleurs, oser cette liberté de se déplacer, « d’être l’autre »…

Ce n’est pas de l’angélisme, ce n’est pas non plus une technique, mais quelque chose qui peut survenir, va alors de soi et qui, pour un temps, bouleverse le rapport de chacun à chacun, le « désoriente » pour l’orienter différemment, instaurant un cadre d’écoute et d’échange différent, parce que surpris.

• Le maternage thérapeutique
Est-ce que ça peut se dire ?
Je vous l’ai dit au début, j’ai une histoire à vous raconter; quelque chose que je n’aurais pas osé imaginer ! Certains d’entre vous l’ont déjà entendue, mais dans un contexte différent.

Lorsque j’ai rencontré Tom et sa mère pour la première fois, je ne savais pas qu’elle allait éclater en sanglots, je ne savais pas non plus que je ne parviendrais pas à la consoler et que donc je lui proposerais de revenir me voir, puis de venir plus souvent. Nous nous sommes vus deux fois par semaine pendant plusieurs mois, jusqu’à ce que, d’un commun accord, elle aille confier sa parole et ses craintes à un psychanalyste.
Plus tard, elle eut une petite fille. Elle appela Zoé. Je la félicitai de ce choix parce qu’il signifie « la vie » et que oui, la question était là. Il me semblait que par ce prénom elle y répondait.
Elle pensait être tirée d’affaire, je le pensais aussi, quand subitement (mais brièvement) elle fut ré-envahie par la violence de ses peurs.
Quelques années plus tard, je préparai une intervention, justement pour un colloque de Médecine et Psychanalyse, sur la place de la vie sexuelle dans la médecine. J’avais intitulé mon intervention « Si j’aurais su, j’aurais pas v’nu… » .
Je lui demandai si elle m’autorisait à lui poser une question. Elle accepta. « Dans ce travail que nous avons mené ensemble, est-ce que vous m’avez situé plutôt dans une position paternelle, ou dans une position grand-paternelle ? » Elle ne bougea pas, ne répondit pas tout de suite. Elle me regardait. Ses yeux s’emplirent de larmes, et dans un souffle elle me dit : « maternelle ».
Comment vous le dire ? Je fus foudroyé ! J’étais naïf… je n’avais su imaginer l’évidence…
Après cela, je dois vous le dire, je n’ai plus jamais travaillé de la même façon.

Elle venait de m’expliquer, et c’est vrai pour chacun de nous, que quelquefois il faut pouvoir être, ne serait-ce que quelques instants, l’enfant de quelqu’un, trouver des bras pour nous accueillir, nous enserrer, nous maintenir rassemblé, contenu, pouvoir se reposer en l’autre qui nous fait cette place d’enfant.
Il s’agit d’un portage.

D’un pédiatre on s’attend bien sûr à ce qu’il prenne soin du bébé. Mais il arrive qu’en soignant l’un nous soignions les autres, que si nous portons ses parents dans une extension du soin à la dynamique familiale, nous prenions soin, en même temps, de ce bébé.
On se charge de l’autre, on l’allège pour un temps, ou pour un instant, du souci qui l’accable, peut-être du poids d’être soi.
C’est ce que je qualifie de « maternage thérapeutique », sans ignorer l’ambigüité, voire l’outrance de l’expression, d’autant qu’elle interroge aussi sur le bouleversement des rôles, la féminité, et la place de chacun.
Mais c’est sûr, il s’agit d’un soin.
Et il ne faut pas oublier, même si l’expression peut sembler obsolète, ce que Winnicott disait des pédiatres: « La fonction essentielle du pédiatre est de prévenir la maladie mentale ; si seulement il le savait ! »
Je dirai pour ma part, prévenir les distorsions relationnelles et les difficultés d’ajustement.

• Le « souci de l’autre »
L’imagination est, par essence, non conformiste, je ne dis pas anticonformiste, mais bien : non conformiste.

– Aussi cette question de l’imagination est-elle sans cesse associée pour moi à celle de ma légitimité et à celle de ma crédibilité.
Suis-je à ma place ?
Et si je suis à ma place, suis-je encore capable d’inventer, d’imaginer, pour moi, pour l’autre, avec et pour les enfants ?
Car bien évidemment, à la notion d’imagination on doit associer celle de l’illusion, celle de la maladresse, et dans une certaine mesure celle du hasard et du doute.
Les mots alors s’entrechoquent ; imagination, créativité, supposition, intuition, autant que parfois fausse route et erreur, illusion, mais aussi emprise.

Tout ceci n’est pas vraiment le propre, vous en conviendrez, d’une démarche scientifique…

Mais en médecine praticienne, nous ne sommes que des utilisateurs de la science, généralement de la science des autres.
Notre science est ailleurs, pas forcément où on l’attend, et pas forcément celle de Claude Bernard ou de Georges Canguilhem.

– À l’heure où l’un des reproches que l’on fait à la psychanalyse est de ne pas avoir de fondement scientifique, de ne pas être démontrable, au contraire d’autre sciences, qui sont plus cognitives, et qui sont scientifiques parce qu’elles répondent à des protocoles et parce qu’elles peuvent faire l’objet d’évaluations « objectives »… plus que jamais peut-être l’imagination peut être un instrument. Un instrument du soin.
Et il m’apparaît aussi, sur le plan individuel comme sur le plan collectif, que la préoccupation que l’on peut avoir de la vie psychique ne peut prendre sens que si nous avons aussi la préoccupation de la vie sociale et des mutations de la société et de l’inscription de cet individu dans cette société.
Pourquoi cette affirmation ? Parce que c’est là, aussi, que réside et s’enkyste l’asymétrie.
Dans ce monde qui change, nous sommes tous les jours confrontés, plus ou moins directement, dans notre activité, à l’immigration, à la pauvreté, à la précarité, et il n’y a pas de soin possible si nous passons à côté de cette dimension, la vie humaine.

– De plus en plus, on entend parler d’amélioration de l’accueil, d’une prise en compte de la relation, ce que je veux qualifier ainsi : « avoir souci de l’autre ».
Il est rassurant d’entendre exprimer par certains de ceux que nous appelons les « jeunes médecins » que même si l’on dispose de toutes les connaissances, on ne saurait traiter si l’on n’a pas ce souci de l’autre.
Il faut prendre garde, toutefois, aux multiples pièges de l’empathie.
Maintenant, dans certaines universités est inscrit, au sein des études médicales, un enseignement de la littérature, de même que se développe la pratique de la « médecine narrative ». Il s’agit, par ces pratiques nouvelles, de remettre la relation médecin/patient, et donc cet « humain », dont on parle tant, au cœur de la pratique médicale.

– Mais là aussi, les confusions sont possibles, alors n’oublions pas : la clinique prime, le patient prime, et, restons humbles ; comme le disait un de mes maîtres en médecine : « allons chaque jour du livre au lit, et du lit au livre ».

– Enfin, pour compléter mes Correspondances, il manque la musique, pourtant omniprésente… Lorsque je passais mon bac j’étais soutenu par un morceau que j’écoutais en boucle, A whiter shade of pale, chanté par Procul Harum, un groupe anglais de rock progressif.
Pour rédiger ce texte, j’ai été très soutenu dans ma réflexion par l’écoute, en boucle là aussi, et en parallèle de l’écriture, d’un morceau de musique de Morton Feldman, Palais de Mari, joué au piano par Ronnie Lynn Patterson.
Une musique lente, minimaliste, dont le rythme ne dérange pas la pensée, mais la sert, la soutient et l’accompagne, pour un partage dont j’espère qu’il ne s’agit pas d’une illusion et qu’il aura été, aujourd’hui, imaginatif…

Le palais de Mari.
Mari était une ville, située en basse Mésopotamie, à la frontière entre l’Iran et de l’Irak. Il était bien conservé, jusqu’aux récentes démolitions. Le palais a été découvert assez récemment. Des pierres, des murs en terre. Pour le parcourir, il fallait imaginer, les habitants, le passé, la vie. Il fallait l’inventer, comme disent les archéologues. Marcher lentement dans les rues, laisser flotter son imagination. Et alors, entendre la vie qui y avait circulé, « voir » ses habitants au détour d’une ruelle.

Franck Dugravier, pédiatre à Bordeaux.

Place de l’imagination en gynécologie et obstétrique chez la femme en situation de handicap

Texte de l’intervention de Nathan Wrobel lors de la journée du 18 janvier 2020 « Pouvoir de la science / Pouvoir de l’imagination »

Alors, disons-le d’emblée : dans la prise en charge gynéco-obstétricale des patientes en situation de handicap, l’imagination s’est trouvé forcée de creuser sa place. Je vais tenter d’expliquer pourquoi il ne pouvait en aller autrement, y compris face aux contraintes des protocoles et recommandations diverses de l’Evidence Based Medecine. J’espère que mon propos très… médical ne vous ennuiera pas trop.
Je suis gynécologue-obstétricien au sein de deux départements handicap différents : l’un au sein d’un pôle hospitalier mère-enfant à Paris qui reçoit des femmes présentant tous types de handicap (sensoriel, moteur, IMOC, handicap mental ainsi qu’un grand nombre de jeunes femmes autistes) et l’autre en hôpital psychiatrique dans une unité somatique où je reçois des femmes de tous âges, hospitalisées ou suivies en psychiatrie, des femmes souffrant de retard mental, et aussi de nombreuses migrantes en situation de détresse.

Les progrès médico-chirurgicaux et réanimatoires ont permis une amélioration notable de la prise en charge des patientes handicapées. Nous ne disposons pas de recommandations, lois ou protocoles dans ce domaine. L’expérience des divers intervenants et leur imagination dans la perspective d’un bénéfice pour cette femme va donc permettre d’établir un schéma de suivi et de traitement, voire de l’issue d’une grossesse.
Pour autant, et je me dois de l’affirmer, l’imagination nécessaire dans la prise en charge des personnes en situation de handicap ne fera jamais fi d’une indispensable prudence, d’un « primum non nocere » et de l’absolue nécessité de ne pas exposer cette patiente à des risques non évalués.

Malgré le grand éventail des pathologies premières des patientes handicapées, j’insisterai sur quelques modalités générales des soins que nous prodiguons.
D’abord une prise en charge globale : socio-économique, familiale, historique, conjugale et dans la globalité de la personne, qui différera selon la nature du handicap (origine génétique, blessée médullaire accidentelle ou handicap acquis type sclérose en plaques ou poliomyélite). Un des écueils, et pour moi dangers, de notre activité serait la parcellisation du sujet, qui devient littéralement morcelé aux yeux de la médecine : le handicap d’un côté, le psychisme de l’autre, le symptôme gynécologique ou la grossesse d’un troisième, énumération non close…
Ensuite une connaissance transversale (même si elle ne peut se prétendre exhaustive) de la psychiatrie et de ses médicaments, de la neurologie, de l’urologie, des interférences médicamenteuses (chez des patientes très souvent poly-médiquées).
J’ajouterai que nos consultations prennent le temps, et le temps qu’il faut. Elles ont lieu en binôme (sage-femme + gynécologue dans un hôpital ou infirmière + gynécologue dans l’autre) et que bien évidemment, nos locaux sont parfaitement accessibles .
Enfin, last but not least, notre travail ne peut s’entendre qu’en réseau avec le service spécialisé d’origine ou l’institution d’où provient notre patiente, et avec les divers intervenants soignants.

Dans ce propos liminaire, j’insisterai encore sur deux facteurs, dont l’intervention varie en intensité, mais qui transparaissent très fréquemment, alors que nous pourrions avoir une tendance oublieuse à les négliger : à savoir la vulnérabilité de ces patientes et la maltraitance qu’elles subissent, qu’il s’agisse de la violence institutionnelle, familiale, sociétale, ou encore médicale – là aussi liste d’actualité non limitative, mais particulièrement répandue chez les femmes en situation de handicap. Leur silence est parfois criant, et il n’est pas exceptionnel que cette maltraitance se rejoue avec les accompagnants, en consultation, sous nos yeux.

Je dirai que l’accessibilité la plus importante n’est ni topographique ni géographique, mais qu’elle se situe avant tout dans l’oeil et la tête des soignants. Elle se manifeste par la fuite, l’indifférence ou le détournement du regard. La personne en situation de handicap incarne une différence, provoque parfois une véritable sidération, quelque chose d’une inquiétante étrangeté, qui fait entrave au désir de bien faire. A la méconnaissance des différentes pathologies viendra se superposer l’absence rédhibitoire de formation des professionnels concernés au cours de leurs études. Alors, cette statistique ne vaut que ce que vous voudrez en faire : plus de 50% de nos patientes n’ont jamais rencontré de gynécologue !

Notre prise en charge recouvre trois orientations de recherche : une consultation d’accès à la parentalité, la pratique obstétricale et les soins gynécologiques.

1°) Une consultation d’accès à la parentalité :

De nombreuses idées reçues, des paroles malheureuses (émanant parfois du corps médical) ou encore des pressions extérieures cantonnent les femmes en situation de handicap dans l’idée qu’elles ne pourront jamais faire d’enfant. Quand, comment et pourquoi s’autoriser à envisager la venue d’un enfant, devant ce qui peut apparaître comme un interdit sociétal ?
Question première : cette situation de handicap-là peut-elle autoriser une grossesse, et dans quel délai, et dans quelles conditions? Il n’en va pas de même en cas de handicap d’origine génétique ou chromosomique et sa transmission éventuelle, et un handicap acquis à la naissance ou contracté à l’âge adulte. Une femme présentant une infirmité motrice cérébrale consécutive à sa naissance difficile ne transmettra pas son handicap à son enfant. Sera-t-elle à même, ou pas, de devenir enceinte ? Comment la grossesse et les suites pour le bébé ?
Préalablement à la grossesse désirée, nous étudions la répercussion possible du handicap sur la gestation et réciproquement celle de la grossesse sur la situation de handicap (aggravation éventuelle ou pas ?). Nous évaluons les possibilités et les modalités de l’accouchement, sans oublier d’établir une prospective sur les conditions futures de prise en charge et d’élevage du nouveau-né, la conjugalité si elle existe et l’environnement social.
L’imagination et l’inventivité des intervenants permet, me semble-t-il, d’autoriser le désir de grossesse de couples, et parfois même de femmes seules, à s’accomplir ; au prix d’un changement de fauteuil roulant, d’un travail sur les postures pendant la grossesse, du non-recours systématique à une césarienne de précaution systématique qui invalidera de surcroît une personne en situation de handicap. L’appel à la pratique de l’haptonomie dans le ressenti de la grossesse et de la corporéité favoriserait les conditions de la naissance, mise en place d’un environnement aidant pour le post-partum…).

2°) L’obstétrique :

La grossesse chez la femme en situation de handicap, si elle peut être obtenue , est suivie régulièrement, comme chez toute femme enceinte, avec au minimum les explorations et examens effectués chez les valides. Mais nous étudions plus spécifiquement l’interférence entre le handicap et la grossesse, en particulier dans les situations de handicap moteur (blessées médullaires, infirmes motrices cérébrales ou autres) . Il peut s’agir des répercussions respiratoires chez la femme en fauteuil, de risques d’HRA, hyper-réflexie autonome en cas de blessure médullaire haute, de recherche de syringomyélie ( par IRM médullaire) , cavité à l’intérieur de la moelle épinière qui influencera fortement le mode d’accouchement). Nous pouvons être amenés à modifier, augmenter ou alléger un traitement en cours.
Notre attention est particulièrement attirée sur les situations où prédomine la spasticité. Nous avons donc décidé d’adjoindre à notre équipe d’autres intervenants , comme un hapto-thérapeute. En effet, ce symptôme, qui est souvent au premier plan, tant dans son aspect de rigidité que dans son aspect douloureux, peut tirer un grand bénéfice, entre autres, d’une démarche en haptonomie associée à une médication adaptée. L’haptothérapeute accompagnera la femme handicapée dans le fil de la grossesse et l’accouchement, mais aussi les suites de couches, vers un gain d’autonomie. La spasticité augmente le plus souvent en début de grossesse, devenant plus douloureuse ; elle modifie la motricité et elle peut représenter un frein pour l’accouchement en raison de difficultés positionnelles et posturales. Elle est aussi fonction de la relation de confiance qui s’instaure avec les soignants.
Certaines situations me conduisent à faire appel à des techniques nouvelles : Comment une femme non-voyante, autre type de handicap, peut-elle investir les images échographiques de sa grossesse ? Je voudrais évoquer la grossesse d’Adèle:
Elle avait une cécité acquise et son mari, qui n’était pas mal-voyant, avait entendu parler de notre département-handicap.
Lors d’une échographie pratiquée en urgence à 10 semaines en raison d’une perte de sang inopinée, quand nous leur annonçons que tout va bien, je remarque qu’à l’inverse du sourire de soulagement du mari, elle garde une attitude renfermée et inquiète. Je lui en demande la raison. « Voyez-vous, tout le monde ici voit le fœtus (sic) et pas moi (sic). Je ne peux même pas imaginer à quoi il ressemble en ce moment ». Interpellés par la difficulté d’Adèle à investir sa propre grossesse, qui reprenait ce que nous avions déjà observé chez nombre de femmes mal-voyantes, nous avons essayé de trouver un biais : la lecture en Braille nous a conduits à décalquer sur papier thermo-formé, pour les reproduire en relief, les formes du fœtus et du placenta déterminées par les échographies. Ainsi, ses doigts vont permettre à la maman de « toucher pour voir » (Jacques Salomé) et de parcourir les formes intra-utérines de son bébé, de le toucher grâce à l’impression 3D.
La situation de handicap, quelle qu’en soit la nature, n’empêche pas la mise en place d’un véritable projet de naissance individué et adapté, à laquelle participe un cadre hospitalier dédié du service de la maternité.
La plupart des obstétriciens inclinent à penser que le recours à la césarienne programmée à terme est la seule issue pour la naissance. Il s’avère, peut-être de façon surprenante, qu’en matière d’IMOC par exemple, nombre de nos parturientes mettent au monde leur enfant le plus naturellement qui soit, qu’elles ne présentent pas plus de menace de prématurité et bien sûr ( !) que leur bébé ne récupère pas le handicap maternel !
Lise avait eu un déficit d’oxygénation à la naissance (IMOC = infirmité motrice d’origine cérébrale) et tout son entourage pensait qu’elle n’aurait jamais d’enfant: En fauteuil roulant électrique en permanence, une élocution difficile à comprendre, animée de mouvements peu contrôlables en même temps que contrainte par une spasticité rebelle. Sauf qu’elle avait rencontré cet homme et qu’ils avaient conçu un enfant. Lise avait un logement adapté et pourrait compter sur une aide logistique substantielle de sa famille. Elle voulait manifestement prouver, et se prouver, quelque chose. Pendant la grossesse, elle avait abordé l’haptonomie et un supplément médicamenteux avait permis de stabiliser sa spasticité. Des modifications posturales furent nécessaires pendant les deux derniers mois. Elle souhaitait accoucher le plus naturellement possible, « comme toutes les femmes », disait-elle ; aussi de bonnes conditions obstétricales de fin de grossesse nous conduisirent à accepter cette occurrence. Pourquoi pas ?
Son arrivée en salle de naissance en fauteuil roulant et le ventre durci interrogea plus d’une sage-femme, mais un travail rapide et brillant, les bienfaits de la liberté posturale et l’affaire de quatre à cinq efforts expulsifs permirent deux naissances : celle d’un garçon de 3200 grammes et celle d’un sourire de triomphe chez sa mère, sourire que nous retrouvons encore sur son visage deux ans plus tard.
Il nous est apparu tout aussi utile de réexaminer les conditions d’accueil de la future mère et de son entourage en salle de naissance ainsi que de repenser les chambres d’hospitalisation, qui vont constituer son lieu de vie pendant les 3-4 jours de la période post-natale (table à langer plus basse, salle de bain adaptée, accessibilité au berceau du nouveau-né, et tout le mobilier à hauteur).
Enfin nous nous efforçons de travailler en amont, bien avant l’accouchement, les conditions du retour au domicile, de l’allaitement et des soins au bébé ainsi que la nécessité d’aides éventuelles.

3°) La gynécologie :

Je le disais plus avant : il est à déplorer que la plupart des femmes en situation de handicap n’aient aucun suivi gynécologique. Je l’ai vécu moi-même : le handicap fait peur aux médecins et aux soignants. La peur de mal faire, de ne pas comprendre, des difficultés tout imaginaires, viennent s’ajouter aux questions d’accessibilité et de communication éventuelle (tout le monde ne peut pas parler la langue des sourds, déchiffrer les pictogrammes ou lire un Makaton..). Si nous essayons de passer en revue les motifs de consultation, ils sont dominés par la demande et le suivi de contraception, le suivi gynécologique régulier et le dépistage, ainsi que par les questions autour de la pathologie menstruelle (en particulier chez les femmes en déficience mentale et les jeunes autistes).
Je voudrais toutefois insister sur plusieurs facettes de notre pratique :
D’abord, bien sûr, la pregnance des pathologies urinaires : infections urinaires à expression variable, incontinence urinaire liée ou pas à la pathologie neurologique, montages chirurgicaux sur la vessie pour l’agrandir ou en permettre le drainage. Ce volet nous oblige, de même que la prévention infectieuse associée et souvent indispensable, à faire preuve d’imagination dans la prise en charge, comme l’appel à la participation d’un urologue dans des cas complexes.
Pour les femmes ayant recours à la PMA, nous proposons de mettre en place un traitement par antibiocycle dès la phase de stimulation. Les traitements de la spasticité vésicale ne nous paraissent pas de nature à être arrêtés en cas de grossesse, car le risque de fausse couche et celui de menace d’accouchement prématuré s’en trouverait augmenté. Devant l’hyper-volémie de la grossesse, en particulier au troisième trimestre, nous préconisons une plus grande fréquence des auto-sondages vésicaux.
Il nous semble tout aussi nécessaire d’évoquer encore les difficultés d’exonération, dont la gêne n’est pas négligeable. Nombre de femmes en situation de handicap neurologique ne peuvent expulser leurs selles naturellement : comment substituer les exonérations par un toucher rectal personnel devenu impossible en fin de grossesse?
D’autres exemples encore viendront encore illustrer le besoin de parfois sortir du dogme et des sentiers battus. Elles mettent en lumière, devant notre mise en échec, le besoin de recherche d’une nouvelle inventivité:
– Une très grande proportion de nos consultantes n’ont jamais eu de rapports sexuels. Nous nous efforçons de ne pas recourir à la pratique intrusive et violente de touchers vaginaux importuns, mais le dépistage, nous en avons conscience, ne s’en trouve pas facilité.
– Nous nous retrouvons fréquemment face à la difficulté que représente l’impossibilité de certains examens complémentaires : mammographie, échographies mammaires ou pelviennes…qui exigent des postures impossibles à adopter pour de nombreuses femmes handicapées ; et la place de la clinique s’en retrouve magnifiée.
– La prise en charge de troubles menstruels, qui ne sont pas rares chez les patientes autistes, nous interroge quant à son traitement, de même que la mise en place d’une contraception chez une femme en situation de handicap psychiatrique (la mise en place d’implants contraceptifs sous-cutanés trouve là une indication de choix).
Une situation parmi d’autres, à laquelle nous avons été confrontés à plusieurs reprises : que pouvons-nous, et devons-nous, répondre à la demande familiale de stérilisation définitive pour une jeune femme de 22 ans souffrant de retard mental?
Et puis, et surtout cet arrière-plan retrouvé en quasi-permanence, et qui ne s’énonce que très peu, de la sexualité de nos patientes : sexualité sans difficulté contre sexualité impossible ou entravée par le handicap, sexualité autonome ou nécessitant une aide extérieure…. Ce chapitre met souvent les soignants en échec et ils l’évitent volontiers : une femme handicapée n’aurait pas de sexualité ou même ne devrait pas en avoir ! Cette affirmation, ô combien erronée, jette un voile pudique sur le tabou de leur sexualité. Et pourtant…

Pour conclure, je voudrais dire combien je reste surpris, encore aujourd’hui, par le contraste entre les discours imaginaires bienveillants, mais peu effectifs sur le terrain, dans la place du handicap dans notre système de soins, contraste avec la dure réalité du handicap : arriver jusque sur les lieux de soin, parvenir à consulter, bénéficier d’une prise en charge, d’un diagnostic et d’un traitement éventuel reste une performance. Elle rend indispensable, selon moi, la place de l’imagination dans la prise en compte de ces femmes en gynécologie et obstétrique: plus un sujet se trouve limité de par sa nature physique dans l’accès aux soins et aux traitements, plus la Médecine se doit, dans un souci d’intégration et d’efficience, dans une perspective sociétale, de tenir sa place, de lui chercher et de lui proposer des voies d’accès adaptées et respectueuses.

Nathan Wrobel, gynécologue obstétricien, Paris.

L’imagination en génétique / Génétique imaginaire

Résumé par Stanislas Lyonnet de son intervention en ouverture de la journée du 18 janvier 2020 « Pouvoir de la science / Pouvoir de l’imagination »

Traiter d’imagination et génétique, pousse à d’abord se poser la question d’une influence de la génétique, et par conséquent de l’hérédité, dans les capacités imaginatives de l’être humain. Beaucoup d’éléments de sciences évolutives, anthropologiques, tirés aussi des neurosciences et de l’imagerie cérébrale, et même de certaines études de génétique moléculaire laissent effectivement penser qu’il y a un certain degré d’héritabilité aux capacités d’imagination ; si tant est qu’on les évalue sur des tests simples, voire simplistes. Mais, naturellement, c’est la question de l’imagination de la génétique qui doit pouvoir attirer le plus notre attention. Imaginez les trois dimensions de la génétique, créatrice et d’explication du passé, c’est-à-dire proche des questionnements œdipiens, prométhéenne dans ses dimensions fantasmatiques du bricolage du corps humain jusqu’au transhumanisme, oracléenne dans les capacités qu’on lui prête, car on les lui « imagine », de prédire notre avenir et celui de notre espèce. Il est là aussi question de l’histoire de l’imagination de l’hérédité dans les grands courants de pensée philosophique et scientifique. Ces trois ordres sont à l’œuvre dans la pratique de la génétique clinique, humaine et médicale, et, au fond, le nom même de l’institut des maladies génétiques, Imagine, s’est inspiré de cette analyse. Ce sont enfin la mise en oeuvre des mécanismes de l’imagination scientifique pour aborder les questions des découvertes et de la recherche dans le domaine de la génétique. Et là, comme dans l’ensemble du champ épistémologique, nombreux sont les exemples qui montrent que l’imagination est une force créatrice scientifique aussi essentielle que le sont l’expérience et la théorie auxquelles elle est indispensable.

Stanislas Lyonnet, généticien, directeur de l’Institut Imagine.

Celle que vous croyez

Un billet sur le film éponyme par Danièle Brun

Il n’est pas fréquent, que l’on soit psychanalyste ou patient, de se demander qui des deux protagonistes est au long des séances à sa juste place. Que veut dire juste place ? Sous ma plume cela renvoie à une certaine concordance avec l’intérieur de soi dans le récit que l’on fait d’un fragment de vie et que l’on soumet à l’écoute d’un autre, supposé — c’est bien le moins de ce que l’on peut attendre de lui ou d’elle — également en accord avec elle ou lui-même.

Quand je suis sortie du cinéma où je venais de voir le dernier film de Juliette Binoche, basé sur un roman de Camille Laurens que je n’avais pas lu, cette question m’a assaillie. Je ne développerai pas ici un point de vue de cinéphile, encore que le film m’ait paru bon, mais celui de la psychanalyste que je suis et qui se montre sensible à la manière dont les séances de psychanalyse peuvent être mises en scène. Ici, comme souvent l’incarnation d’une « psy » par Nicole Garcia relève de la caricature. Elle est cantonnée dans une posture de neutralité bienveillante, avec un visage impassible, ce qui ne l’empêche pas de se montrer curieuse envers ce que la patiente dit et envers ce qu’elle paraît garder pour elle afin de lui faire avouer ses motivations profondes. Tout ceci, dit-elle, pour mener à bien sa fonction, la conduite de la cure et la guérison d’une crise profonde où la jalousie se mêle à la recherche d’un sursaut de vie.

La psychanalyste finira par abandonner son rôle cartonné pour se faire le go-betweenet la messagère auprès de sa patiente d’une vérité qui lui a été contrefaite. Le contrefacteur est un homme, un ancien amant largueur mais finalement jaloux, ne supportant pas d’«être cocu » (sic) et qui à sa manière se venge d’une ancienne maîtresse qu’il avait, par ailleurs, lâchement abandonnée après une scène d’amour plutôt torride. Il l’a reconnue à sa voix, demeurée identique, et que son ami lui a fait écouter au téléphone. Idée intéressante que cette identité de la voix qui fait la justesse de la parole. La justesse est ici à distinguer du vrai et du faux.

Or, ni l’une ni l’autre, ni la psy, ni l’amant ne sont en définitive à leur juste place, pas plus que ce nouvel amant connu via un site de rencontre et déclaré «suicidé».  Il s’est laissé tout de même laissé follement entraîner dans une histoire d’amour passionnelle mais non charnelle par l’image d’une partenaire déployant une séduction réinventée à chaque instant. On pense à Cyrano.

Alors finalement ? Tout cela pour qui et pour quoi ? Pour cette femme, la patiente, magnifiquement interprétée par l’actrice, la cinquantaine magnifique également et qui tente de surmonter un épisode critique lié à l’avancée en âge, aux événements de sa vie antérieure et à un désir de vivre malgré tout la passion d’aimer qui l’anime. Évidemment la vengeance crée la stimulation nécessaire. Mais l’intérêt du film est de la montrer à sa juste place en réponse à cette féminité intemporelle, peut-être même au féminin qui bout en elle et qui ne trouve pas sa voie d’expression et d’accomplissement dans un quotidien de mère désormais célibataire, enseignant la littérature à l’université, engageant ses étudiants à lire et à relire Les liaison dangereuses, et se montrant peu ou prou déstabilisée par des fils grandissant faisant couple parfois hostile face à elle.

Bref, l’imaginaire aidant, palliant même les déceptions répétées, y compris dans ce dédoublement d’elle-même qu’elle a mis en scène sur les réseaux sociaux, la voilà qui se met à écrire une vraie histoire d’amour conforme à son désir, et dans lequel elle transcende l’annonce faite par le premier amant de la mort du deuxième homme — l’ami de cet ancien amant — dont elle était tombée amoureuse. Sous sa plume dans un livre qu’elle anticipe à succès, l’homme revit en la personne de son photographe de presse. Un rôle inédit conforme à la profession qu’exerçait l’amant dans la réalité.

J’espère que nul ne s’est perdu dans ce dédale où le sursaut qui s’est produit dans l’inconscient lors d’un pic de solitude libéra une féminité pulsionnelle muselée par le quotidien et qui se révèle en définitive comme puisant aux forces de l’Éros.

Face à l’intensité de ce vécu qui lui est raconté, la psychanalyste finit par bouger non pas seulement dans sa tête mais physiquement et géographiquement. Tant pis même si c’est dommage pour la discipline. C’est elle qui vient dire au-revoir.

Restée seule dans un site naturel avec l’eau à ses pieds, on voit la patiente saisir le portable dédié à ses séances avec l’amant qui ne se sont jamais concrétisées puisqu’elle ne voulait pas montrer son vrai physique. Mais là, on la voit appeler cet homme au téléphone comme avant. Il est vrai que le téléphone sonne sans réponse de sorte qu’il faudrait que l’autre ait gardé le sien pour éventuellement répondre, mais la compulsion de répétition est là et la sonnerie se fait entendre, presque indéfiniment.

Belle métaphore de l’amour que ce film, transcendé par l’écriture réparatrice et permettant d’assumer à l’héroïne une identité de cinquantenaire susceptible de plaire et de séduire.

Il faudra que je lise le livre et que je vérifie si tel est bien le message qu’y livre Camille Laurens. De ce point de vue l’écriture aurait la fonction d’un rêve. Elle serait mue par l’accomplissement d’un désir refoulé dont son déguisement témoignerait. L’essentiel de la psychanalyse se retrouve au long des pages de L’Interprétation des rêves, même si parfois les psychanalystes eux-mêmes paraissent en faire fi.

Place des psychanalystes auprès des médecins

Et la santé ? Quoi de neuf ? La question est banale, trop peut-être même au regard des thèmes qui vont être abordés, discutés, commentés au cours de nos tables rondes. On aura aussi pu penser qu’elle s’adressait davantage aux soignés qu’aux soignants.

L’idée qui a présidé au choix de cette formule plus précise que le « Comment ça va ? » ou « Comment vas-tu ? » habituels, mérite un éclaircissement.

Un colloque de haut niveau accueilli dans ce haut lieu qu’est L’École des Mines, aurait peut-être mérité une formulation plus sophistiquée. Celle-ci a été portée par le souci de ne pas trop s’écarter du quotidien et d’étudier ensemble les façons dont les usagers de la médecine vont s’approprier les nouveautés de la science.

Si la question Et la santé ? Quoi de neuf ? n’a pas changé depuis des décennies, la réponse évolue sans arrêt. Les informations données sont aujourd’hui beaucoup plus fournies qu’autrefois depuis que le consentement du malade aux soins est devenu une obligation. Certaines incluent même des annonces ou des risques potentiels. Qu’en est-il de leur restitution à autrui, selon le degré de compréhension de celui ou de celle qui parle, où se logent aussi ses peurs, ses angoisses et son ignorance. Il faut parfois se satisfaire d’écouter un embrouillamini difficile à décrypter sur ce qui lui a été annoncé par les médecins. Ce fouillis est-il porté par une angoisse de mort qui brouille les pensées ? L’angoisse du médecin, à supposer qu’il y ait eu lieu de l’éprouver, a-t-elle été perçue ?  A d’autres moments il faut prêter l’oreille à un discours savant emprunté à la terminologie médicale dont la définition et le sens ont peut-être été recherchés sur Google. Dans un cas comme dans tous les autres, le vécu personnel donne une coloration particulière aux mots prononcés. Ce vécu mérite l’attention et un certaine formation à ce que l’on appelle le contenu latent de ce qui se dit.

Quoi qu’il en soit, cependant, le devenir du corps, son état se trouvent d’emblée mis au premier plan. Qui raconte quoi, à qui et comment d’une histoire médicale ? Comment parle-t-on de sa santé et des médecins auxquels on a affaire, des traitements prescrits et des difficultés que l’on éprouve au long du suivi ? Quels sont les changements que la maladie crée dans l’existence, dans la famille, dans le savoir sur soi et pour les perspectives d’avenir ? De quoi, de qui les médecins, les soignants parlent-ils entre eux dans leurs réunions de travail ?

Il y a du relationnel et du narratif dans la santé même si on exprime de la nostalgie face à la disparition progressive de ce qu’on appelait traditionnellement la clinique et dont Michel Foucault a si bien annoncé l’évolution. A l’époque où il était si souvent question du colloque singulier entre le malade et son patient, son corps était beaucoup plus touché et manipulé qu’il ne l’est aujourd’hui et bien moins accessible à la transparence et au pronostic. Si transformée qu’elle soit, la communication demeure un passage obligé et l’utilisation des mots incontournable y compris lorsque le corps tente de prendre la parole de façon inopinée en produisant des symptômes qui n’ont apparemment que peu à voir avec la maladie dont on s’occupe.

L’omniprésence du langage et de l’écriture dans le champ médical avec les variations que l’on connaît selon celui qui parle et à qui il parle, selon la fonction occupée, soignant, soigné, parents, cette omniprésence du langage et de l’écriture justifie pour une part la présence de psychologues et de psychanalystes dans les services. Je dis pour une part parce qu’évidemment c’est l’intérêt pour le corps et pour ses manifestations qui prime puisqu’il mobilise les partenaires désignés.

De mon côté, mon intérêt pour le corps est ancien. Il s’est concrétisé au long des dix années passées auprès des enfants malades dans le service de cancérologie de l’enfant créé par le Dr. Odile Schweisguth, au fur et à mesure des recherches que j’y ai menées à sa demande sur le devenir des enfants atteints de tumeurs solides. L’incidence des angoisses parentales et maternelles est apparue majeure. Les médecins en connaissaient l’importance puisqu’elles s’exprimaient lors de leurs consultations mais ils étaient souvent impuissants à les atténuer ou à les transformer.

Il ne s’agissait pas tant pour moi, psychologue formée à la pratique de la psychanalyse, de me situer, au long de ces années de collaboration et de participation à la recherche, comme une aide extérieure, aux côtés des autres disciplines de soins. J’apportais mon concours à l’inscription de la maladie dans une histoire de vie qu’elle n’avait pas drastiquement coupée entre un avant et un après. C’était ce que croyaient les familles.

De sorte que plus tard, après cette longue expérience de terrain, à l’époque des responsabilités de formation et de recherche que j’ai exerçées à l’université Paris-Diderot, mon enseignement alla surtout dans le sens d’une transmission sur les modalités d’accom-pagnement des partenaires en présence, soignants, soignés, famille. Un accompagnement qui permettait de suivre les états intérieurs inhérents aux angoisses produites par la crainte de perdre un être cher. Ceci en référence aux critères de la vie psychique que Freud avait mis en lumière et qui permettaient d’aider les familles à avancer dans la vie et à s’appuyer sur leurs ressources intérieures dont, bien souvent, ils ignoraient la présence et dont on leur facilitait la prise de conscience.

En 1966, à l’occasion d’une conférence au Collège de médecine que je cite souvent tant elle était visionnaire, Lacan attirait l’attention sur l’« accélération que nous vivons quant à la part de la science dans la vie commune. » Avec pour corollaire l’extension de ce qu’il désignait comme « le droit de l’homme à la santé » et dont la modernisation allait transformer la fonction du médecin. Ses propos à l’époque firent scandale chez ses auditeurs médecins, notamment chez Pierre Royer qui rappela que sa demande de collaboration auprès de Ginette Raimbault était liée à ce qu’il appela « une certaine maladresse dans le maniement des rapports humains ». Celle-ci se faisait jour dans son service avec l’amélioration des techniques de soins, l’allongement des survies et la présence de plus en plus marquée des parents dans le service.

Dans l’histoire de la médecine, les avancées de la science ont toujours eu des effets sur le quotidien de la vie des malades et surtout sur la manière de vivre leur corps, qu’il s’agisse de ses défaillances, de la préservation de ses capacités ou de l’adaptation à ses transformations voire à ses limites. Le corps qui dysfonctionne crée la plainte. Il crée aussi et surtout des sensations d’inquiétante étrangeté que Freud situait aux limites du familier et de l’inconnu assimilé à l’étranger en soi. Car le corps que l’on connaît avec lequel on cohabite change de statut dès lors qu’il est confié à la médecine. Comme si l’on portait un étranger à l’intérieur de soi, un ennemi de l’intérieur.

Dans un article intitulé « Brève histoire de la conscience du corps », (paru en 1981 dans vol 42, n° 2, de la Revue française de psychanalyse, Jean Starobinski, reprend dès ses premières lignes une note, qu’il dit avoir été “jetée” par Paul Valéry dans l’un de ses Cahiers. La voici  :

« Somatisme (Hérésie de la fin des Temps)

Adoration, culte de la machine à vivre

« Sommes-nous arrivés à la fin des temps ? se demande-t-il alors ? L’hérésie annoncée par Valéry est presque devenue la religion officielle. Il n’est question que du corps, comme si on le retrouvait après un très long oubli. […]

« C’est ajoute-t-il, la première connaissance qui soit entrée dans le savoir humain : “ Ils connurent qu’ils étaient nus ” (Genèse, 3, 7). Et depuis cet instant le corps n’a jamais pu être ignoré. »

Voilà qui dit, je crois, toute la distance qu’implique la connaissance de la maladie et de ses effets sur le corps y compris ceux qui sont identifiés comme morbides alors que la personne concernée ne les ressent pas. Dans le domaine des maladies et des soins cette connaissance est asymétrique entre le médecin et le patient, quelles que soient les nouvelles possibilités informatiques d’accès au savoir.

La mise en place de la télémédecine ne changera pas les choses. Peut-être transformera-t-elle le nombre de soignants. On nous parle de leur diversification et d’une forme d’accroissement de leurs responsabilités. Peut-être allons-nous dans le champ du soin vers la formation de médecins aux pieds nus, sur le modèle de ceux que Mao Tsé Toung en son temps initia en Chine.

Un dernier mot peut-être sur la question du transfert et des identifications : deux notions auxquelles notre association, Société Médecine et Psychanalyse, porte une attention particulière. D’autant plus particulière, dirai-je, que dans le contexte de la maladie et de ses effets sur les mouvements de vie et de mort qui jalonnent la vie du corps au cours des soins, les soignants sont des objets de transfert privilégiés. Qu’en faire, qu’en penser, comment les gérer sur le long cours ? La formation des psychanalystes les rend aptes à travailler ces questions. A la SMP, avec Michèle Lévy-Soussan, nous tenons des groupes d’échanges destinés à cette fonction. La bi-disciplinarité y est de règle car le corps, surtout lorsqu’il défaille, exige pour les partenaires qu’il réunit autour de lui, une double approche à la fois psychique et somatique.

Danièle Brun
Intervention au colloque « Et la santé ? Quoi de neuf ? » 22 mars 2019

Jusqu’à la vie accompagner la mort évitée : jalvame

Dans ce très beau livre qu’est Le lambeau de Philippe Lançon[1], l’écrit sur soi transcende les limites de la pudeur avec une humilité confondante qui permet à son auteur de faire face aux  intrusions répétées sur son corps comme sur sa personne, auxquelles se livrent les soignants d’une part et leurs gestes d’autre part. Tout cela sur une période de temps dont on perd avec lui le sens, tant le séjour passé dans les différents lieux de soins échappe à la prise de conscience de la durée. Ainsi s’instaure un hors-temps qui donne la mesure de ce que le retour à la vie quand la mort est passée si près implique de réaménagements et de séparations entre soi et soi, y compris celles du soi que la vie hospitalière contribue à reconstituer .

Philippe Lançon est le rescapé, mutilé du visage et des mains de la tuerie de Charlie Hebdo[2]. Le moment de son arrivée à la Pitié Salpêtrière est daté et datable. Il marque un avant dans son existence dont on peut suivre les différentes étapes selon un itinéraire dans lequel l’enfance et son passé de journaliste de guerre m’ont paru privilégiés, sans égards pour la chronologie des périodes de vie. L’ensemble, également marqué par la présence du frère, des parents et des femmes importantes, peuple la notion d’un avant que la tuerie du 7 janvier 2015, au 10 rue Nicolas Appert dans le 10earrondissement de Paris,  risqua de faire voler en éclats  et que l’on voit resurgir par touches successives, accompagnant, alimentant un présent qui s’étire dans l’univers des soignants. L’étirement dans le temps pour ce qu’on désigne par retour à la vie correspond aussi à celui de la restructuration de la partie inférieure du visage. L’impression d’hors temps qui se crée au fil de la lecture illustre la lenteur du travail d’appropriation d’un soi confronté à un visage construit avec des parties de soi. En l’occurrence le péroné et les lambeaux de peau prélevés sur la cuisse. « Mon corps entier devenait ma mâchoire, écrit Philippe Lançon, cette inconnue qui m’écartelait et semblait parcourue par des courts-circuits[3]. »

Le récit du livre se termine avec la tuerie du Bataclan, le 13 novembre 2015. La nouvelle lui parvient à New York où l’université de Princeton l’a invité pour dialoguer avec un écrivain péruvien dont il fut un grand lecteur. Il y a rejoint à cette occasion la femme qu’il aime et avec laquelle tout un pan de vie paraît aussi à reconstruire avec ce nouveau visage encore fragile qui porte la trace de son long parcours hospitalier et d’une grave cassure, au sens propre comme au sens figuré, advenue lorsqu’il venait de passer son cinquantième anniversaire. Son corps et sa personne ont donc franchi les frontières quand l’annonce du Bataclan le happe à distance. L’océan le sépare physiquement de l’hôpital mais pas en pensée. La distinction est d’autant plus perceptible que l’ouvrage se clôt avec le SMS de  Chloé sa chirurgienne. On comprend que ce voyage à l’étranger ne signifie pas pour lui  la fin des soins même si il inaugure une étape majeure de son retour à la vie et qu’il concrétise la fin de l’accompagnement hospitalier qui fait le vif du livre depuis l’attentat de janvier. L’accompagnement vers la vie de la mort évitée ne suit donc pas le rythme du temps de la personne, et encore moins celui que les médecins décident de considérer comme tel. Chloé, sa chirurgienne — c’est comme cela que Philippe Lançon la nomme — est à cet égard claire : « Je suis heureuse de vous savoir loin, lui écrit-elle à New York. Ne rentrez pas trop vite. »

En l’occurrence — et là n’est pas le moindre intérêt du livre —, les  mots du médecin véhiculent simultanément ce qu’il estime faire ou être le bien du malade et ce qui se présente comme son  bien à lui, le médecin, dans le contexte de l’attachement particulier que crée un parcours de soin particulièrement intense. Son implication dans le devenir du corps et de la personne du malade n’est pas exempte de retentissements sur son propre corps ni sur sa personne privée. Les intimités se rencontrent plus qu’elles ne choquent ou s’entrechoquent. L’enjeu n’est pas mince. La lecture de ce livre en témoigne où le mode de fonctionnement des équipes soignantes oblige le malade à une distance voire à un mode d’approche des soins qui lui sont prodigués et qui ne sont pas nécessairement compatibles avec son état physique ni avec la nécessaire dépendance à laquelle il est astreint. On appelle cela parfois « défaut ou manque d’humanisation », alors qu’il peut s’agir de mesures parfaitement maladroites d’asepsie pour travailler.

De ce point de vue Le Lambeau, qui n’est pas seulement un exercice d’écriture mais aussi la transcription d’un important travail de pensée et d’accès à ses ressources intérieures, peut être tenu pour l’équivalent d’un manuel à usage conjoint pour les patients comme pour les soignants. « Il arrive à un moment, ici, lui dit l’un d’eux, où à force d’être esclave et épuisé, on n’a plus d’imagination. Alors l’impact est directement sur le corps du médecin : eczéma ; problèmes gastriques ; insomnies, nervosité extrême. Moi je ne cesse plus de m’engueuler avec ma copine. »

C’est dire que chacun, dans l’univers hospitalier face à la souffrance : la sienne et celle de l’autre s’entremêlent au point de créer une étrange sensation partagée quoique non identique. S’il appartient au patient d’identifier un chemin qui d’étape en étape le mène vers un retour à la vie, il appartient au médecin de créer pour lui-même et pour son équipe des conditions de travail qui mettent la personne du malade à une place où les formes d’attachement sont parfaitement gérables, au sens où elles ne doivent aucunement empiéter sur la vie quotidienne des soignants. Le discours que tient Chloé la chirurgienne est ici aussi exemplaire quand elle dit à son patient « Ça n’est jamais arrivé dans le service ce mélange de tendresse et de folie que vous inspirez, et c’est pourquoi vous allez devoir partir.[4]»  Ce à quoi Philippe Lançon, grand lecteur de Proust et de La Rechercherésonne à sa façon quand il lui emprunte l’idée selon laquelle « quelle que soit la qualité du soignant, le patient reste isolé dans sa souffrance comme dans une drogue encore plus forte que celle qu’on peut lui donner[5]. » « Je ne cite pas Proust par hasard, écrit-il, A la recherche du temps perdu m’a suivi de chambre en chambre et j’y ai puisé, sans cesse de quoi méditer, ou de quoi rire, sur ma condition et sur Chloé[6]. »

« Si de moi, elle ne savait rien, dit-il encore, de mon corps elle savait déjà tout ce qui pouvait lui servir — de sa mécanique et son état de santé.[7]» La remarque, aux yeux de la lectrice que je suis, atteste cette particularité du transfert qu’effectuent les patients sur leur médecin, qui les incite à créditer le médecin d’un savoir sans failles que la réalité des soins est loin de confirmer mais qui atteste une nécessaire confiance à l’endroit du soignant qui le met lui-même en confiance. Philippe Lançon ne manque par ailleurs pas de lucidité ni d’humour quand il écrit que « le moment où le patient croit devenir expert de ses propres soins est un moment dangereux, car cette croyance si elle est exagérée n’est pas injustifiée.[8]»

Le temps maintenant est venu de reprendre quelques-unes des remarques que livre cet homme pour qui « écrire est la meilleure manière de sortir de soi-même quand bien même, ajoute-t-il, ne parlerait-on de rien d’autre[9]. » Sortir de soi-même semble en effet l’un des principaux enjeux de l’accompagnement vers la vie qu’implique la difficile reconstruction du visage à laquelle le patient dut faire face, parallèlement à l’appropriation de son nouveau soi, d’un soi tout neuf bien que constitué de parties prélevées sur son propre corps. En effet les traces inscrites sur son visage d’avant ne devaient plus, pour la majeure partie, être pareillement visibles sauf peut-être au niveau  des yeux et du front puisque le tiers inférieur du visage avait volé en éclats. La lente réhabilitation de cette partie détruite dont il ne fut pas autorisé à se servir ni à bouger pendant de longues semaines, et qui exigea une rééducation particulière, retarda le moment où, comme tout un chacun, les mimiques que l’on fabrique font la singularité d’un visage et l’espace de son intimité.

La traversée de l’univers hospitalier ne fut pas étrangère au processus de recouvrement de l’identité avec un visage remanié.  La multiplicité des expériences vécues avec les différents intervenants soignants y contribua. Avec eux les limites de la pudeur comme celles de l’impudeur se déplacèrent vers de nouveaux territoires, y compris ceux des mots transmetteurs d’informations dans un langage codifié qui ne s’apparente que de loin avec celui du quotidien. Il appartient au patient de se familiariser avec cette « novlangue » et de découvrir ce sur quoi elle fait l’impasse ou la clarté. « Les décisions, écrit Lançon, se prenaient naturellement au staff, entre chirurgiens, et j’ai vite compris que Chloé ne me donnait que les explications qu’elle jugeait possibles ou nécessaires ; mais elle le faisait de telle façon qu’elle ne semblait rien me cacher de ses explications.[10]

« Ce n’est, ajoute-t-il, que par le quotidien hospitalier que j’ai pu apprivoiser ce qui avait eu lieu. » On touche là, me semble-t-il, à L’Inquiétante étrangetéfreudienne[11]dont la principale caractéristique est de se présenter dans la langue d’origine comme un oxymore à redresser. Là où le français exige deux mots plus ou moins compatibles, l’allemand compose un adjectif, à l’aide de son préfixe Un ( en français ce serait le préfixe “ dé ” ou “in” faisable, infaisable). L’oxymore s’entend alors dans l’instant où le familier du corps transforme en étranger et en inquiétant. Le préfixe «Un» a renversé en son contraire le familier, le chez soi du Homeet du Heim où se loge également le corps. L’adjectif : Unheimlich restitue  grâce au préfixe et en un seul vocable ce moment paradoxal où le familier du chez soi se  transforme en une Inquiétante étrangeté.. De ce curieux voyage de la langue qu’il convient de faire en passant du français à l’allemand et vice versa pour illustrer un vécu, Philippe Lançon donne un exemple par le biais de l’information qui lui est transmise. Il évoque les paroles de l’infirmière de nuit qui, la veille d’une intervention,  lui dit « Vous passez en première position, Monsieur Lançon. » L’entendement se trouble dès lors que l’expression signifie à celui qui la reçoit l’annonce d’un déplacement que son immobilité physique contredit absolument. Et c’est ce qui se passe dans l’esprit de Philippe Lançon.

« J’ai pensé, écrit-il, à “pole position”, aux ronflements des voitures de course sur la ligne de départ[12].[…] En pole position pour ma deuxième opération … J’en suis à la dix-septième au moment où j’écris ce lignes en août 2017, dans le fin fond de l’Ecosse. »

Parmi toutes les choses auxquelles le patient doit s’initier il faut compter — j’y reviens — avec cette sorte d’attachement particulier qui lie le patient à ses soignants et qui fait dire à Philippe Lançon que « l’hôpital est souvent le lieu des injonctions contradictoires.» La distance qu’impose parfois le médecin, notamment dans les services hospitaliers, incite le patient à la réflexion sur sa position personnelle. Elle présente des points communs avec celle qui, dans une cure, s’établit entre le, patient et son psychanalyste.

S’agissant de Chloé sa chirurgienne (son sauveur), Philippe Lançon écrit : « L’intimité qui nous liait, écrit-il, était vitale et pourtant elle n’existait pas. […] je pouvais lui envoyer des photos prises en voyage, ce qu’elle appelait mes cartes postales mais je n’aurais   jamais osé lui parler de mes soucis intimes — même si elle les devinait. Il y avait un cadre dont il ne fallait pas plus déborder que mes couilles du caleçon pendant la visite, ce qui lui avait fait dire un jour devant les infirmières : « Dites, essayez de ranger ça, ce sera mieux pour tout le monde[13]. »

Peu de choses jusqu’ici ont été dites sur le monde des infirmiers et des infirmières, de nuit comme de jour ainsi que sur les brancardiers. Avec eux, les échanges ont ceci de particulier qu’ils sont brefs et qu’ils ont lieu quand on se déplace. Ils sont donc brefs et asymétriques dans la mesure où le patient est allongé et le brancardier debout, plus ou moins maladroit dans les passages qu’il doit emprunter mais il semble que ses paroles soient marquantes.

En lisant Le Lambeau, je me suis souvenue d’une jeune patiente à qui le brancardier, séduit par la jeune fille, avait dit : « Toute ta vie tu te souviendras que je t’ai portée toute nue. » Philippe Lançon, quant à lui, relève la difficulté à évaluer la personne qui vous transporte, dès lors qu’on est allongé et lui debout. Comment évaluer sa taille, savoir si il ou elle est grand ou petit ?  Blond ou brun avec des cheveux courts, longs, dreadlocks, quand la tête est coiffée d’une large charlotte ? Je mets un féminin mais il ne semble pas y avoir de brancardières.

Quant aux infirmières, de jour et de nuit, je les vois comme des petites mains sans lesquelles la couture n’existerait pas. Sans elles  les couturiers, les designers, ou les chirurgiennes seraient à la peine. Indispensables à l’équipe médicale et au séjour du patient à l’hôpital, elles sont celles avec lesquelles la parole s’installe. Philippe Lançon, pour sa part, apprécie de les voir entrer, lui parler, surtout d’elles-mêmes et de leur histoire, de leurs blessures ou de leurs week-end. Il sait reconnaître la place qu’elles occupent dans le huis-clos hospitalier, quand il se sent pris dans ce qu’il appelle « une dialectique effrénée » au cours de laquelle il en vient à peser le pour et le contre de la mort évitée : « Peut-être la vie qu’on m’avait permis de continuer ne faisait-elle que renvoyer à la mort que j’avais côtoyée. Si c’était le cas, poursuit-il, leur gémellité et leur antagonisme répandaient leur grammaire sur tout ce qui m’entourait et me constituait.[14]»

On se familiarise au long de ce parcours avec l’inventivité que déploie le patient pour contourner les obstacles inhérents aux soudaines mutations de l’une ou l’autre des infirmières placées sous l’autorité de la supérieure cadre. L’anecdote racontée va dans ce sens, lorsqu’il s’enquiert de l’absence de  celle qui changeait son pansement avec plus d’habileté et de rapidité que les autres. Il apprend ainsi sa mutation à l’étage inférieur pour cause d’incompatibilité d’humeur avec la cadre, responsable. Or l’état de son visage exigeait plus d’une heure de soins sans compter les différents risques d’infection intercurrents sous les compresses. Il s’arrange alors avec la complicité des autres infirmières, et en l’absence de la supérieure, pour faire chercher et s’occuper de lui celle qui avait disparu de son étage et à laquelle il avait donné le surnom de « Marquise des Langes ». « Elle veille sur moi et trouve des solutions pratiques à tous mes problèmes, écrit-il. […] En refaisant le pansement du VAC (petit aspirateur à pression négative) seule pendant quarante minutes, avec dextérité et minutie, sous le regard des deux autres infirmières qui n’y arrivaient pas, elle dit “ En fait c’est comme un puzzle, j’aime les puzzles”[15].» Il n’est pas rare que les proches expriment quelque jalousie ou qu’ils se sentent frustrés devant les  nouveaux attachements du patient envers ses soignants. C’est ce que relève Philippe Lançon.

« Et peu importaient les erreurs commises en cours de route, s’exclame-t-il, les veines mal piquées, les pansements mal faits et le reste. Toul faisait partie du chemin.[16]»

Quel chemin parcouru en effet que celui décrit dans Le Lambeau. Quelle traversée de l’inhumain depuis l’attentat survenu à sa personne et aux disparus de Charlie hebdo le 7 janvier 2015. Quelle formidable humanité transmise, issue de ces longs séjours dans l’univers des soignants, où la dureté côtoie l’empathie !

« La pudeur, l’orgueil, le stoïcisme ? Autant de vertus célébrées, écrit-il, que je crois avoir suffisamment pratiquées pour en sentir les limites, l’ambiguïté, et à quel point elles permettent au monde d’oublier la souffrance de ceux qu’au prix de leur silence, il prétend respecter. […] La maladie n’est pas une métaphore ; elle est la vie même. [17]»

Le livre qui débuta avec le projet d’interview de Michel Houellebecq pour son livre Soumission, précisément paru le 7 janvier 2015[18],s’achève avec leur brève rencontre lors d’un cocktail[19]. Il n’est pas vain de penser et de dire que Philippe Lançon a fait, tout au long de son parcours, l’expérience de la soumission, aux exigences de l’univers hospitaliers, comme à celle de sa lente reconstruction faciale. Sans compter les nombreux passages par la douleur dont la description montre à quel exercice de pensée il convient de se livrer pour en parler. « La sensation de n’être plus qu’un corps apparaît lorsqu’il échappe entièrement à nos désirs et à notre volonté, comme des domestiques qui se mettraient à vivre le jour où , quand on les sonne , ils se révoltent tous en même temps pour dire simplement : j’existe. […] mais on n’est pas habitué à cette vie qu’on ne contrôle pas, ne prévoit pas , à cette jacquerie d’organes qui se traduit par un incompréhensible embouteillage de sensations.[20]»

Chacun de nous, au fil de ce livre, se sent concerné dans son intimité, même s’il n’a pas connu l’impossibilité de parler, de boire, de manger et de protéger la renaissance de son soi  à travers le nouveau visage que transmet l’écriture.

Danièle Brun
in Jusqu’à la mort accompagner la vie, n° 134, 2018, « Sur les traces de l’intimité » 

[1]Paris, Gallimard, 2018.

[2]Le récit va du 7 janvier 2015 (Tuerie de Charlie Hebdo) au 13 novembre de la même année (tuerie du Bataclan)

[3]P. 331.

[4]P. 394.

[5]P. 380.

[6]P. 226.

[7]P. 239.

[8]P. 207.

[9]P. 365.

[10]P. 241.

[11]« L’inquiétante étrangeté »in L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris Gallimard, 1985, p. 209-264..

[12]P. 189-190.

[13]P. 227.

[14]P. 134-135.

[15]P. 274 et 295.

[16]P . 140.

[17]P. 413-414. Allusion au livre de Suzanne Sontag : La maladie comme métaphore.

[18]Flammarion.

[19]P. 503.

[20]P. 332.

Prenez la parole…

Samedi 26 mai Le triomphe de l’impudeur a sonné la fin de nos échanges 2018. Nous souhaitons lancer un débat qui devrait permettre aux présents comme aux absents de s’exprimer.

Que vous soyez psychanalyste, médecin ou dans la fonction soignante, vous avez une connaissance de la relation à l’autre. Cet autre qui peut largement dépasser l’unité, constitue votre public et vous aménagez votre rapport à lui en fonction de vos objectifs.

Quant aux familiers de la scène ou des scénarios, ce dont nos intervenants extérieurs ont témoigné, ils partagent le souci de ceux qui les regardent, les écoutent ou les lisent. Philosophe, plasticienne, journaliste, écrivain, théologien, danseuse étoile, chorégraphe, chacun d’entre eux a pu évoquer le rapport qu’il entretient avec son public et une forme de don de soi qui est fait à ce public. Et voilà la pratique du psychanalyste et du médecin concernées !

Le public est présent dans le cabinet du psychanalyste mobilisé par le transfert, c’est sa spécificité. On ne dit pas assez qu’un passage du privé au public s’y opère où la pudeur côtoie l’impudeur. Sans doute plus marqué dans le champ du spectacle, ce passage éclaire la dynamique psychique du travail intérieur.  Les limites du montrer, du dire, du faire voir jusqu’aux dysfonctionnements de son corps se découvrent, qui mènent vers une appropriation de soi-même pour un renouveau de soi.

L’apport de nos intervenants lors de ces échanges nous mène à repenser la thérapeutique. Et si nos débats à venir portaient sur : Formation à la relation ?

Qu’en pensez-vous ? Exprimez-vous, laissez un commentaire ci-dessous…

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Le triomphe de l’impudeur

Pour cette dernière de nos trois séances, nous avons l’honneur d’accueillir, vidéos et performance à l’appui, Marie-Agnès Gillot accompagnée de Luc Bruyère qui, l’un et l’autre, transcendent par la danse un handicap de naissance.

MAG — J’ai une scoliose, il lui manque un bras, quel curieux assemblage !
LB — Je suis né sans ce bras, il ne m’a donc jamais manqué, car je ne l’ai pas perdu.
MAG — Quand on a un handicap, ce qui est très important, c’est le regard de ses parents et de sa famille. S’ils n’en font pas une affaire d’état, l’enfant n’en fera pas non plus une affaire d’état.

Extrait de l’entretien avec Isabelle Cerboneschi pour all-i-c.com 26/04/2018

Intervenants du 26 mai :
Geneviève Brisac, écrivain – Danièle Brun, psychanalyste – Eliane Corrin, dermatologue – Daniel Duigou, prêtre – Marie-Agnès Gillot, danseuse étoile et chorégraphe de l’Opéra de Paris – Roland Gori, psychanalyste – Philippe Gutton, psychanalyste – Ouriel Rosenblum, psychanalyste.

Programme et inscriptions : http://www.medpsycha.org

Pudeur / Impudeur

La SMP poursuit son questionnement sur les liens entre médecine et psychanalyse. L’année 2018 est consacrée au thème Pudeur/Impudeur sur 3 après-midis avec l’apport d’intervenants appartenant au monde de la communication. D’une pudeur presque trop étendue, la technologie nous mène aux limites de l’impudeur et de l’intimité, voire de l’immixtion imprévue et imprévisible dans la vie privée. Le numérique dont nous avons parlé l’an dernier et les objets connectés nous aident et nous violent. Nos conférences, nos tables rondes sont faites pour en parler et pour y réfléchir davantage. Toutes les informations sont sur notre site www.medpsycha.org

Danièle Brun