Celle que vous croyez

Un billet sur le film éponyme par Danièle Brun

Il n’est pas fréquent, que l’on soit psychanalyste ou patient, de se demander qui des deux protagonistes est au long des séances à sa juste place. Que veut dire juste place ? Sous ma plume cela renvoie à une certaine concordance avec l’intérieur de soi dans le récit que l’on fait d’un fragment de vie et que l’on soumet à l’écoute d’un autre, supposé — c’est bien le moins de ce que l’on peut attendre de lui ou d’elle — également en accord avec elle ou lui-même.

Quand je suis sortie du cinéma où je venais de voir le dernier film de Juliette Binoche, basé sur un roman de Camille Laurens que je n’avais pas lu, cette question m’a assaillie. Je ne développerai pas ici un point de vue de cinéphile, encore que le film m’ait paru bon, mais celui de la psychanalyste que je suis et qui se montre sensible à la manière dont les séances de psychanalyse peuvent être mises en scène. Ici, comme souvent l’incarnation d’une « psy » par Nicole Garcia relève de la caricature. Elle est cantonnée dans une posture de neutralité bienveillante, avec un visage impassible, ce qui ne l’empêche pas de se montrer curieuse envers ce que la patiente dit et envers ce qu’elle paraît garder pour elle afin de lui faire avouer ses motivations profondes. Tout ceci, dit-elle, pour mener à bien sa fonction, la conduite de la cure et la guérison d’une crise profonde où la jalousie se mêle à la recherche d’un sursaut de vie.

La psychanalyste finira par abandonner son rôle cartonné pour se faire le go-betweenet la messagère auprès de sa patiente d’une vérité qui lui a été contrefaite. Le contrefacteur est un homme, un ancien amant largueur mais finalement jaloux, ne supportant pas d’«être cocu » (sic) et qui à sa manière se venge d’une ancienne maîtresse qu’il avait, par ailleurs, lâchement abandonnée après une scène d’amour plutôt torride. Il l’a reconnue à sa voix, demeurée identique, et que son ami lui a fait écouter au téléphone. Idée intéressante que cette identité de la voix qui fait la justesse de la parole. La justesse est ici à distinguer du vrai et du faux.

Or, ni l’une ni l’autre, ni la psy, ni l’amant ne sont en définitive à leur juste place, pas plus que ce nouvel amant connu via un site de rencontre et déclaré «suicidé».  Il s’est laissé tout de même laissé follement entraîner dans une histoire d’amour passionnelle mais non charnelle par l’image d’une partenaire déployant une séduction réinventée à chaque instant. On pense à Cyrano.

Alors finalement ? Tout cela pour qui et pour quoi ? Pour cette femme, la patiente, magnifiquement interprétée par l’actrice, la cinquantaine magnifique également et qui tente de surmonter un épisode critique lié à l’avancée en âge, aux événements de sa vie antérieure et à un désir de vivre malgré tout la passion d’aimer qui l’anime. Évidemment la vengeance crée la stimulation nécessaire. Mais l’intérêt du film est de la montrer à sa juste place en réponse à cette féminité intemporelle, peut-être même au féminin qui bout en elle et qui ne trouve pas sa voie d’expression et d’accomplissement dans un quotidien de mère désormais célibataire, enseignant la littérature à l’université, engageant ses étudiants à lire et à relire Les liaison dangereuses, et se montrant peu ou prou déstabilisée par des fils grandissant faisant couple parfois hostile face à elle.

Bref, l’imaginaire aidant, palliant même les déceptions répétées, y compris dans ce dédoublement d’elle-même qu’elle a mis en scène sur les réseaux sociaux, la voilà qui se met à écrire une vraie histoire d’amour conforme à son désir, et dans lequel elle transcende l’annonce faite par le premier amant de la mort du deuxième homme — l’ami de cet ancien amant — dont elle était tombée amoureuse. Sous sa plume dans un livre qu’elle anticipe à succès, l’homme revit en la personne de son photographe de presse. Un rôle inédit conforme à la profession qu’exerçait l’amant dans la réalité.

J’espère que nul ne s’est perdu dans ce dédale où le sursaut qui s’est produit dans l’inconscient lors d’un pic de solitude libéra une féminité pulsionnelle muselée par le quotidien et qui se révèle en définitive comme puisant aux forces de l’Éros.

Face à l’intensité de ce vécu qui lui est raconté, la psychanalyste finit par bouger non pas seulement dans sa tête mais physiquement et géographiquement. Tant pis même si c’est dommage pour la discipline. C’est elle qui vient dire au-revoir.

Restée seule dans un site naturel avec l’eau à ses pieds, on voit la patiente saisir le portable dédié à ses séances avec l’amant qui ne se sont jamais concrétisées puisqu’elle ne voulait pas montrer son vrai physique. Mais là, on la voit appeler cet homme au téléphone comme avant. Il est vrai que le téléphone sonne sans réponse de sorte qu’il faudrait que l’autre ait gardé le sien pour éventuellement répondre, mais la compulsion de répétition est là et la sonnerie se fait entendre, presque indéfiniment.

Belle métaphore de l’amour que ce film, transcendé par l’écriture réparatrice et permettant d’assumer à l’héroïne une identité de cinquantenaire susceptible de plaire et de séduire.

Il faudra que je lise le livre et que je vérifie si tel est bien le message qu’y livre Camille Laurens. De ce point de vue l’écriture aurait la fonction d’un rêve. Elle serait mue par l’accomplissement d’un désir refoulé dont son déguisement témoignerait. L’essentiel de la psychanalyse se retrouve au long des pages de L’Interprétation des rêves, même si parfois les psychanalystes eux-mêmes paraissent en faire fi.

Place des psychanalystes auprès des médecins

Et la santé ? Quoi de neuf ? La question est banale, trop peut-être même au regard des thèmes qui vont être abordés, discutés, commentés au cours de nos tables rondes. On aura aussi pu penser qu’elle s’adressait davantage aux soignés qu’aux soignants.

L’idée qui a présidé au choix de cette formule plus précise que le « Comment ça va ? » ou « Comment vas-tu ? » habituels, mérite un éclaircissement.

Un colloque de haut niveau accueilli dans ce haut lieu qu’est L’École des Mines, aurait peut-être mérité une formulation plus sophistiquée. Celle-ci a été portée par le souci de ne pas trop s’écarter du quotidien et d’étudier ensemble les façons dont les usagers de la médecine vont s’approprier les nouveautés de la science.

Si la question Et la santé ? Quoi de neuf ? n’a pas changé depuis des décennies, la réponse évolue sans arrêt. Les informations données sont aujourd’hui beaucoup plus fournies qu’autrefois depuis que le consentement du malade aux soins est devenu une obligation. Certaines incluent même des annonces ou des risques potentiels. Qu’en est-il de leur restitution à autrui, selon le degré de compréhension de celui ou de celle qui parle, où se logent aussi ses peurs, ses angoisses et son ignorance. Il faut parfois se satisfaire d’écouter un embrouillamini difficile à décrypter sur ce qui lui a été annoncé par les médecins. Ce fouillis est-il porté par une angoisse de mort qui brouille les pensées ? L’angoisse du médecin, à supposer qu’il y ait eu lieu de l’éprouver, a-t-elle été perçue ?  A d’autres moments il faut prêter l’oreille à un discours savant emprunté à la terminologie médicale dont la définition et le sens ont peut-être été recherchés sur Google. Dans un cas comme dans tous les autres, le vécu personnel donne une coloration particulière aux mots prononcés. Ce vécu mérite l’attention et un certaine formation à ce que l’on appelle le contenu latent de ce qui se dit.

Quoi qu’il en soit, cependant, le devenir du corps, son état se trouvent d’emblée mis au premier plan. Qui raconte quoi, à qui et comment d’une histoire médicale ? Comment parle-t-on de sa santé et des médecins auxquels on a affaire, des traitements prescrits et des difficultés que l’on éprouve au long du suivi ? Quels sont les changements que la maladie crée dans l’existence, dans la famille, dans le savoir sur soi et pour les perspectives d’avenir ? De quoi, de qui les médecins, les soignants parlent-ils entre eux dans leurs réunions de travail ?

Il y a du relationnel et du narratif dans la santé même si on exprime de la nostalgie face à la disparition progressive de ce qu’on appelait traditionnellement la clinique et dont Michel Foucault a si bien annoncé l’évolution. A l’époque où il était si souvent question du colloque singulier entre le malade et son patient, son corps était beaucoup plus touché et manipulé qu’il ne l’est aujourd’hui et bien moins accessible à la transparence et au pronostic. Si transformée qu’elle soit, la communication demeure un passage obligé et l’utilisation des mots incontournable y compris lorsque le corps tente de prendre la parole de façon inopinée en produisant des symptômes qui n’ont apparemment que peu à voir avec la maladie dont on s’occupe.

L’omniprésence du langage et de l’écriture dans le champ médical avec les variations que l’on connaît selon celui qui parle et à qui il parle, selon la fonction occupée, soignant, soigné, parents, cette omniprésence du langage et de l’écriture justifie pour une part la présence de psychologues et de psychanalystes dans les services. Je dis pour une part parce qu’évidemment c’est l’intérêt pour le corps et pour ses manifestations qui prime puisqu’il mobilise les partenaires désignés.

De mon côté, mon intérêt pour le corps est ancien. Il s’est concrétisé au long des dix années passées auprès des enfants malades dans le service de cancérologie de l’enfant créé par le Dr. Odile Schweisguth, au fur et à mesure des recherches que j’y ai menées à sa demande sur le devenir des enfants atteints de tumeurs solides. L’incidence des angoisses parentales et maternelles est apparue majeure. Les médecins en connaissaient l’importance puisqu’elles s’exprimaient lors de leurs consultations mais ils étaient souvent impuissants à les atténuer ou à les transformer.

Il ne s’agissait pas tant pour moi, psychologue formée à la pratique de la psychanalyse, de me situer, au long de ces années de collaboration et de participation à la recherche, comme une aide extérieure, aux côtés des autres disciplines de soins. J’apportais mon concours à l’inscription de la maladie dans une histoire de vie qu’elle n’avait pas drastiquement coupée entre un avant et un après. C’était ce que croyaient les familles.

De sorte que plus tard, après cette longue expérience de terrain, à l’époque des responsabilités de formation et de recherche que j’ai exerçées à l’université Paris-Diderot, mon enseignement alla surtout dans le sens d’une transmission sur les modalités d’accom-pagnement des partenaires en présence, soignants, soignés, famille. Un accompagnement qui permettait de suivre les états intérieurs inhérents aux angoisses produites par la crainte de perdre un être cher. Ceci en référence aux critères de la vie psychique que Freud avait mis en lumière et qui permettaient d’aider les familles à avancer dans la vie et à s’appuyer sur leurs ressources intérieures dont, bien souvent, ils ignoraient la présence et dont on leur facilitait la prise de conscience.

En 1966, à l’occasion d’une conférence au Collège de médecine que je cite souvent tant elle était visionnaire, Lacan attirait l’attention sur l’« accélération que nous vivons quant à la part de la science dans la vie commune. » Avec pour corollaire l’extension de ce qu’il désignait comme « le droit de l’homme à la santé » et dont la modernisation allait transformer la fonction du médecin. Ses propos à l’époque firent scandale chez ses auditeurs médecins, notamment chez Pierre Royer qui rappela que sa demande de collaboration auprès de Ginette Raimbault était liée à ce qu’il appela « une certaine maladresse dans le maniement des rapports humains ». Celle-ci se faisait jour dans son service avec l’amélioration des techniques de soins, l’allongement des survies et la présence de plus en plus marquée des parents dans le service.

Dans l’histoire de la médecine, les avancées de la science ont toujours eu des effets sur le quotidien de la vie des malades et surtout sur la manière de vivre leur corps, qu’il s’agisse de ses défaillances, de la préservation de ses capacités ou de l’adaptation à ses transformations voire à ses limites. Le corps qui dysfonctionne crée la plainte. Il crée aussi et surtout des sensations d’inquiétante étrangeté que Freud situait aux limites du familier et de l’inconnu assimilé à l’étranger en soi. Car le corps que l’on connaît avec lequel on cohabite change de statut dès lors qu’il est confié à la médecine. Comme si l’on portait un étranger à l’intérieur de soi, un ennemi de l’intérieur.

Dans un article intitulé « Brève histoire de la conscience du corps », (paru en 1981 dans vol 42, n° 2, de la Revue française de psychanalyse, Jean Starobinski, reprend dès ses premières lignes une note, qu’il dit avoir été “jetée” par Paul Valéry dans l’un de ses Cahiers. La voici  :

« Somatisme (Hérésie de la fin des Temps)

Adoration, culte de la machine à vivre

« Sommes-nous arrivés à la fin des temps ? se demande-t-il alors ? L’hérésie annoncée par Valéry est presque devenue la religion officielle. Il n’est question que du corps, comme si on le retrouvait après un très long oubli. […]

« C’est ajoute-t-il, la première connaissance qui soit entrée dans le savoir humain : “ Ils connurent qu’ils étaient nus ” (Genèse, 3, 7). Et depuis cet instant le corps n’a jamais pu être ignoré. »

Voilà qui dit, je crois, toute la distance qu’implique la connaissance de la maladie et de ses effets sur le corps y compris ceux qui sont identifiés comme morbides alors que la personne concernée ne les ressent pas. Dans le domaine des maladies et des soins cette connaissance est asymétrique entre le médecin et le patient, quelles que soient les nouvelles possibilités informatiques d’accès au savoir.

La mise en place de la télémédecine ne changera pas les choses. Peut-être transformera-t-elle le nombre de soignants. On nous parle de leur diversification et d’une forme d’accroissement de leurs responsabilités. Peut-être allons-nous dans le champ du soin vers la formation de médecins aux pieds nus, sur le modèle de ceux que Mao Tsé Toung en son temps initia en Chine.

Un dernier mot peut-être sur la question du transfert et des identifications : deux notions auxquelles notre association, Société Médecine et Psychanalyse, porte une attention particulière. D’autant plus particulière, dirai-je, que dans le contexte de la maladie et de ses effets sur les mouvements de vie et de mort qui jalonnent la vie du corps au cours des soins, les soignants sont des objets de transfert privilégiés. Qu’en faire, qu’en penser, comment les gérer sur le long cours ? La formation des psychanalystes les rend aptes à travailler ces questions. A la SMP, avec Michèle Lévy-Soussan, nous tenons des groupes d’échanges destinés à cette fonction. La bi-disciplinarité y est de règle car le corps, surtout lorsqu’il défaille, exige pour les partenaires qu’il réunit autour de lui, une double approche à la fois psychique et somatique.

Danièle Brun
Intervention au colloque « Et la santé ? Quoi de neuf ? » 22 mars 2019

Jusqu’à la vie accompagner la mort évitée : jalvame

Dans ce très beau livre qu’est Le lambeau de Philippe Lançon[1], l’écrit sur soi transcende les limites de la pudeur avec une humilité confondante qui permet à son auteur de faire face aux  intrusions répétées sur son corps comme sur sa personne, auxquelles se livrent les soignants d’une part et leurs gestes d’autre part. Tout cela sur une période de temps dont on perd avec lui le sens, tant le séjour passé dans les différents lieux de soins échappe à la prise de conscience de la durée. Ainsi s’instaure un hors-temps qui donne la mesure de ce que le retour à la vie quand la mort est passée si près implique de réaménagements et de séparations entre soi et soi, y compris celles du soi que la vie hospitalière contribue à reconstituer .

Philippe Lançon est le rescapé, mutilé du visage et des mains de la tuerie de Charlie Hebdo[2]. Le moment de son arrivée à la Pitié Salpêtrière est daté et datable. Il marque un avant dans son existence dont on peut suivre les différentes étapes selon un itinéraire dans lequel l’enfance et son passé de journaliste de guerre m’ont paru privilégiés, sans égards pour la chronologie des périodes de vie. L’ensemble, également marqué par la présence du frère, des parents et des femmes importantes, peuple la notion d’un avant que la tuerie du 7 janvier 2015, au 10 rue Nicolas Appert dans le 10earrondissement de Paris,  risqua de faire voler en éclats  et que l’on voit resurgir par touches successives, accompagnant, alimentant un présent qui s’étire dans l’univers des soignants. L’étirement dans le temps pour ce qu’on désigne par retour à la vie correspond aussi à celui de la restructuration de la partie inférieure du visage. L’impression d’hors temps qui se crée au fil de la lecture illustre la lenteur du travail d’appropriation d’un soi confronté à un visage construit avec des parties de soi. En l’occurrence le péroné et les lambeaux de peau prélevés sur la cuisse. « Mon corps entier devenait ma mâchoire, écrit Philippe Lançon, cette inconnue qui m’écartelait et semblait parcourue par des courts-circuits[3]. »

Le récit du livre se termine avec la tuerie du Bataclan, le 13 novembre 2015. La nouvelle lui parvient à New York où l’université de Princeton l’a invité pour dialoguer avec un écrivain péruvien dont il fut un grand lecteur. Il y a rejoint à cette occasion la femme qu’il aime et avec laquelle tout un pan de vie paraît aussi à reconstruire avec ce nouveau visage encore fragile qui porte la trace de son long parcours hospitalier et d’une grave cassure, au sens propre comme au sens figuré, advenue lorsqu’il venait de passer son cinquantième anniversaire. Son corps et sa personne ont donc franchi les frontières quand l’annonce du Bataclan le happe à distance. L’océan le sépare physiquement de l’hôpital mais pas en pensée. La distinction est d’autant plus perceptible que l’ouvrage se clôt avec le SMS de  Chloé sa chirurgienne. On comprend que ce voyage à l’étranger ne signifie pas pour lui  la fin des soins même si il inaugure une étape majeure de son retour à la vie et qu’il concrétise la fin de l’accompagnement hospitalier qui fait le vif du livre depuis l’attentat de janvier. L’accompagnement vers la vie de la mort évitée ne suit donc pas le rythme du temps de la personne, et encore moins celui que les médecins décident de considérer comme tel. Chloé, sa chirurgienne — c’est comme cela que Philippe Lançon la nomme — est à cet égard claire : « Je suis heureuse de vous savoir loin, lui écrit-elle à New York. Ne rentrez pas trop vite. »

En l’occurrence — et là n’est pas le moindre intérêt du livre —, les  mots du médecin véhiculent simultanément ce qu’il estime faire ou être le bien du malade et ce qui se présente comme son  bien à lui, le médecin, dans le contexte de l’attachement particulier que crée un parcours de soin particulièrement intense. Son implication dans le devenir du corps et de la personne du malade n’est pas exempte de retentissements sur son propre corps ni sur sa personne privée. Les intimités se rencontrent plus qu’elles ne choquent ou s’entrechoquent. L’enjeu n’est pas mince. La lecture de ce livre en témoigne où le mode de fonctionnement des équipes soignantes oblige le malade à une distance voire à un mode d’approche des soins qui lui sont prodigués et qui ne sont pas nécessairement compatibles avec son état physique ni avec la nécessaire dépendance à laquelle il est astreint. On appelle cela parfois « défaut ou manque d’humanisation », alors qu’il peut s’agir de mesures parfaitement maladroites d’asepsie pour travailler.

De ce point de vue Le Lambeau, qui n’est pas seulement un exercice d’écriture mais aussi la transcription d’un important travail de pensée et d’accès à ses ressources intérieures, peut être tenu pour l’équivalent d’un manuel à usage conjoint pour les patients comme pour les soignants. « Il arrive à un moment, ici, lui dit l’un d’eux, où à force d’être esclave et épuisé, on n’a plus d’imagination. Alors l’impact est directement sur le corps du médecin : eczéma ; problèmes gastriques ; insomnies, nervosité extrême. Moi je ne cesse plus de m’engueuler avec ma copine. »

C’est dire que chacun, dans l’univers hospitalier face à la souffrance : la sienne et celle de l’autre s’entremêlent au point de créer une étrange sensation partagée quoique non identique. S’il appartient au patient d’identifier un chemin qui d’étape en étape le mène vers un retour à la vie, il appartient au médecin de créer pour lui-même et pour son équipe des conditions de travail qui mettent la personne du malade à une place où les formes d’attachement sont parfaitement gérables, au sens où elles ne doivent aucunement empiéter sur la vie quotidienne des soignants. Le discours que tient Chloé la chirurgienne est ici aussi exemplaire quand elle dit à son patient « Ça n’est jamais arrivé dans le service ce mélange de tendresse et de folie que vous inspirez, et c’est pourquoi vous allez devoir partir.[4]»  Ce à quoi Philippe Lançon, grand lecteur de Proust et de La Rechercherésonne à sa façon quand il lui emprunte l’idée selon laquelle « quelle que soit la qualité du soignant, le patient reste isolé dans sa souffrance comme dans une drogue encore plus forte que celle qu’on peut lui donner[5]. » « Je ne cite pas Proust par hasard, écrit-il, A la recherche du temps perdu m’a suivi de chambre en chambre et j’y ai puisé, sans cesse de quoi méditer, ou de quoi rire, sur ma condition et sur Chloé[6]. »

« Si de moi, elle ne savait rien, dit-il encore, de mon corps elle savait déjà tout ce qui pouvait lui servir — de sa mécanique et son état de santé.[7]» La remarque, aux yeux de la lectrice que je suis, atteste cette particularité du transfert qu’effectuent les patients sur leur médecin, qui les incite à créditer le médecin d’un savoir sans failles que la réalité des soins est loin de confirmer mais qui atteste une nécessaire confiance à l’endroit du soignant qui le met lui-même en confiance. Philippe Lançon ne manque par ailleurs pas de lucidité ni d’humour quand il écrit que « le moment où le patient croit devenir expert de ses propres soins est un moment dangereux, car cette croyance si elle est exagérée n’est pas injustifiée.[8]»

Le temps maintenant est venu de reprendre quelques-unes des remarques que livre cet homme pour qui « écrire est la meilleure manière de sortir de soi-même quand bien même, ajoute-t-il, ne parlerait-on de rien d’autre[9]. » Sortir de soi-même semble en effet l’un des principaux enjeux de l’accompagnement vers la vie qu’implique la difficile reconstruction du visage à laquelle le patient dut faire face, parallèlement à l’appropriation de son nouveau soi, d’un soi tout neuf bien que constitué de parties prélevées sur son propre corps. En effet les traces inscrites sur son visage d’avant ne devaient plus, pour la majeure partie, être pareillement visibles sauf peut-être au niveau  des yeux et du front puisque le tiers inférieur du visage avait volé en éclats. La lente réhabilitation de cette partie détruite dont il ne fut pas autorisé à se servir ni à bouger pendant de longues semaines, et qui exigea une rééducation particulière, retarda le moment où, comme tout un chacun, les mimiques que l’on fabrique font la singularité d’un visage et l’espace de son intimité.

La traversée de l’univers hospitalier ne fut pas étrangère au processus de recouvrement de l’identité avec un visage remanié.  La multiplicité des expériences vécues avec les différents intervenants soignants y contribua. Avec eux les limites de la pudeur comme celles de l’impudeur se déplacèrent vers de nouveaux territoires, y compris ceux des mots transmetteurs d’informations dans un langage codifié qui ne s’apparente que de loin avec celui du quotidien. Il appartient au patient de se familiariser avec cette « novlangue » et de découvrir ce sur quoi elle fait l’impasse ou la clarté. « Les décisions, écrit Lançon, se prenaient naturellement au staff, entre chirurgiens, et j’ai vite compris que Chloé ne me donnait que les explications qu’elle jugeait possibles ou nécessaires ; mais elle le faisait de telle façon qu’elle ne semblait rien me cacher de ses explications.[10]

« Ce n’est, ajoute-t-il, que par le quotidien hospitalier que j’ai pu apprivoiser ce qui avait eu lieu. » On touche là, me semble-t-il, à L’Inquiétante étrangetéfreudienne[11]dont la principale caractéristique est de se présenter dans la langue d’origine comme un oxymore à redresser. Là où le français exige deux mots plus ou moins compatibles, l’allemand compose un adjectif, à l’aide de son préfixe Un ( en français ce serait le préfixe “ dé ” ou “in” faisable, infaisable). L’oxymore s’entend alors dans l’instant où le familier du corps transforme en étranger et en inquiétant. Le préfixe «Un» a renversé en son contraire le familier, le chez soi du Homeet du Heim où se loge également le corps. L’adjectif : Unheimlich restitue  grâce au préfixe et en un seul vocable ce moment paradoxal où le familier du chez soi se  transforme en une Inquiétante étrangeté.. De ce curieux voyage de la langue qu’il convient de faire en passant du français à l’allemand et vice versa pour illustrer un vécu, Philippe Lançon donne un exemple par le biais de l’information qui lui est transmise. Il évoque les paroles de l’infirmière de nuit qui, la veille d’une intervention,  lui dit « Vous passez en première position, Monsieur Lançon. » L’entendement se trouble dès lors que l’expression signifie à celui qui la reçoit l’annonce d’un déplacement que son immobilité physique contredit absolument. Et c’est ce qui se passe dans l’esprit de Philippe Lançon.

« J’ai pensé, écrit-il, à “pole position”, aux ronflements des voitures de course sur la ligne de départ[12].[…] En pole position pour ma deuxième opération … J’en suis à la dix-septième au moment où j’écris ce lignes en août 2017, dans le fin fond de l’Ecosse. »

Parmi toutes les choses auxquelles le patient doit s’initier il faut compter — j’y reviens — avec cette sorte d’attachement particulier qui lie le patient à ses soignants et qui fait dire à Philippe Lançon que « l’hôpital est souvent le lieu des injonctions contradictoires.» La distance qu’impose parfois le médecin, notamment dans les services hospitaliers, incite le patient à la réflexion sur sa position personnelle. Elle présente des points communs avec celle qui, dans une cure, s’établit entre le, patient et son psychanalyste.

S’agissant de Chloé sa chirurgienne (son sauveur), Philippe Lançon écrit : « L’intimité qui nous liait, écrit-il, était vitale et pourtant elle n’existait pas. […] je pouvais lui envoyer des photos prises en voyage, ce qu’elle appelait mes cartes postales mais je n’aurais   jamais osé lui parler de mes soucis intimes — même si elle les devinait. Il y avait un cadre dont il ne fallait pas plus déborder que mes couilles du caleçon pendant la visite, ce qui lui avait fait dire un jour devant les infirmières : « Dites, essayez de ranger ça, ce sera mieux pour tout le monde[13]. »

Peu de choses jusqu’ici ont été dites sur le monde des infirmiers et des infirmières, de nuit comme de jour ainsi que sur les brancardiers. Avec eux, les échanges ont ceci de particulier qu’ils sont brefs et qu’ils ont lieu quand on se déplace. Ils sont donc brefs et asymétriques dans la mesure où le patient est allongé et le brancardier debout, plus ou moins maladroit dans les passages qu’il doit emprunter mais il semble que ses paroles soient marquantes.

En lisant Le Lambeau, je me suis souvenue d’une jeune patiente à qui le brancardier, séduit par la jeune fille, avait dit : « Toute ta vie tu te souviendras que je t’ai portée toute nue. » Philippe Lançon, quant à lui, relève la difficulté à évaluer la personne qui vous transporte, dès lors qu’on est allongé et lui debout. Comment évaluer sa taille, savoir si il ou elle est grand ou petit ?  Blond ou brun avec des cheveux courts, longs, dreadlocks, quand la tête est coiffée d’une large charlotte ? Je mets un féminin mais il ne semble pas y avoir de brancardières.

Quant aux infirmières, de jour et de nuit, je les vois comme des petites mains sans lesquelles la couture n’existerait pas. Sans elles  les couturiers, les designers, ou les chirurgiennes seraient à la peine. Indispensables à l’équipe médicale et au séjour du patient à l’hôpital, elles sont celles avec lesquelles la parole s’installe. Philippe Lançon, pour sa part, apprécie de les voir entrer, lui parler, surtout d’elles-mêmes et de leur histoire, de leurs blessures ou de leurs week-end. Il sait reconnaître la place qu’elles occupent dans le huis-clos hospitalier, quand il se sent pris dans ce qu’il appelle « une dialectique effrénée » au cours de laquelle il en vient à peser le pour et le contre de la mort évitée : « Peut-être la vie qu’on m’avait permis de continuer ne faisait-elle que renvoyer à la mort que j’avais côtoyée. Si c’était le cas, poursuit-il, leur gémellité et leur antagonisme répandaient leur grammaire sur tout ce qui m’entourait et me constituait.[14]»

On se familiarise au long de ce parcours avec l’inventivité que déploie le patient pour contourner les obstacles inhérents aux soudaines mutations de l’une ou l’autre des infirmières placées sous l’autorité de la supérieure cadre. L’anecdote racontée va dans ce sens, lorsqu’il s’enquiert de l’absence de  celle qui changeait son pansement avec plus d’habileté et de rapidité que les autres. Il apprend ainsi sa mutation à l’étage inférieur pour cause d’incompatibilité d’humeur avec la cadre, responsable. Or l’état de son visage exigeait plus d’une heure de soins sans compter les différents risques d’infection intercurrents sous les compresses. Il s’arrange alors avec la complicité des autres infirmières, et en l’absence de la supérieure, pour faire chercher et s’occuper de lui celle qui avait disparu de son étage et à laquelle il avait donné le surnom de « Marquise des Langes ». « Elle veille sur moi et trouve des solutions pratiques à tous mes problèmes, écrit-il. […] En refaisant le pansement du VAC (petit aspirateur à pression négative) seule pendant quarante minutes, avec dextérité et minutie, sous le regard des deux autres infirmières qui n’y arrivaient pas, elle dit “ En fait c’est comme un puzzle, j’aime les puzzles”[15].» Il n’est pas rare que les proches expriment quelque jalousie ou qu’ils se sentent frustrés devant les  nouveaux attachements du patient envers ses soignants. C’est ce que relève Philippe Lançon.

« Et peu importaient les erreurs commises en cours de route, s’exclame-t-il, les veines mal piquées, les pansements mal faits et le reste. Toul faisait partie du chemin.[16]»

Quel chemin parcouru en effet que celui décrit dans Le Lambeau. Quelle traversée de l’inhumain depuis l’attentat survenu à sa personne et aux disparus de Charlie hebdo le 7 janvier 2015. Quelle formidable humanité transmise, issue de ces longs séjours dans l’univers des soignants, où la dureté côtoie l’empathie !

« La pudeur, l’orgueil, le stoïcisme ? Autant de vertus célébrées, écrit-il, que je crois avoir suffisamment pratiquées pour en sentir les limites, l’ambiguïté, et à quel point elles permettent au monde d’oublier la souffrance de ceux qu’au prix de leur silence, il prétend respecter. […] La maladie n’est pas une métaphore ; elle est la vie même. [17]»

Le livre qui débuta avec le projet d’interview de Michel Houellebecq pour son livre Soumission, précisément paru le 7 janvier 2015[18],s’achève avec leur brève rencontre lors d’un cocktail[19]. Il n’est pas vain de penser et de dire que Philippe Lançon a fait, tout au long de son parcours, l’expérience de la soumission, aux exigences de l’univers hospitaliers, comme à celle de sa lente reconstruction faciale. Sans compter les nombreux passages par la douleur dont la description montre à quel exercice de pensée il convient de se livrer pour en parler. « La sensation de n’être plus qu’un corps apparaît lorsqu’il échappe entièrement à nos désirs et à notre volonté, comme des domestiques qui se mettraient à vivre le jour où , quand on les sonne , ils se révoltent tous en même temps pour dire simplement : j’existe. […] mais on n’est pas habitué à cette vie qu’on ne contrôle pas, ne prévoit pas , à cette jacquerie d’organes qui se traduit par un incompréhensible embouteillage de sensations.[20]»

Chacun de nous, au fil de ce livre, se sent concerné dans son intimité, même s’il n’a pas connu l’impossibilité de parler, de boire, de manger et de protéger la renaissance de son soi  à travers le nouveau visage que transmet l’écriture.

Danièle Brun
in Jusqu’à la mort accompagner la vie, n° 134, 2018, « Sur les traces de l’intimité » 

[1]Paris, Gallimard, 2018.

[2]Le récit va du 7 janvier 2015 (Tuerie de Charlie Hebdo) au 13 novembre de la même année (tuerie du Bataclan)

[3]P. 331.

[4]P. 394.

[5]P. 380.

[6]P. 226.

[7]P. 239.

[8]P. 207.

[9]P. 365.

[10]P. 241.

[11]« L’inquiétante étrangeté »in L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris Gallimard, 1985, p. 209-264..

[12]P. 189-190.

[13]P. 227.

[14]P. 134-135.

[15]P. 274 et 295.

[16]P . 140.

[17]P. 413-414. Allusion au livre de Suzanne Sontag : La maladie comme métaphore.

[18]Flammarion.

[19]P. 503.

[20]P. 332.

Prenez la parole…

Samedi 26 mai Le triomphe de l’impudeur a sonné la fin de nos échanges 2018. Nous souhaitons lancer un débat qui devrait permettre aux présents comme aux absents de s’exprimer.

Que vous soyez psychanalyste, médecin ou dans la fonction soignante, vous avez une connaissance de la relation à l’autre. Cet autre qui peut largement dépasser l’unité, constitue votre public et vous aménagez votre rapport à lui en fonction de vos objectifs.

Quant aux familiers de la scène ou des scénarios, ce dont nos intervenants extérieurs ont témoigné, ils partagent le souci de ceux qui les regardent, les écoutent ou les lisent. Philosophe, plasticienne, journaliste, écrivain, théologien, danseuse étoile, chorégraphe, chacun d’entre eux a pu évoquer le rapport qu’il entretient avec son public et une forme de don de soi qui est fait à ce public. Et voilà la pratique du psychanalyste et du médecin concernées !

Le public est présent dans le cabinet du psychanalyste mobilisé par le transfert, c’est sa spécificité. On ne dit pas assez qu’un passage du privé au public s’y opère où la pudeur côtoie l’impudeur. Sans doute plus marqué dans le champ du spectacle, ce passage éclaire la dynamique psychique du travail intérieur.  Les limites du montrer, du dire, du faire voir jusqu’aux dysfonctionnements de son corps se découvrent, qui mènent vers une appropriation de soi-même pour un renouveau de soi.

L’apport de nos intervenants lors de ces échanges nous mène à repenser la thérapeutique. Et si nos débats à venir portaient sur : Formation à la relation ?

Qu’en pensez-vous ? Exprimez-vous, laissez un commentaire ci-dessous…

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Le triomphe de l’impudeur

Pour cette dernière de nos trois séances, nous avons l’honneur d’accueillir, vidéos et performance à l’appui, Marie-Agnès Gillot accompagnée de Luc Bruyère qui, l’un et l’autre, transcendent par la danse un handicap de naissance.

MAG — J’ai une scoliose, il lui manque un bras, quel curieux assemblage !
LB — Je suis né sans ce bras, il ne m’a donc jamais manqué, car je ne l’ai pas perdu.
MAG — Quand on a un handicap, ce qui est très important, c’est le regard de ses parents et de sa famille. S’ils n’en font pas une affaire d’état, l’enfant n’en fera pas non plus une affaire d’état.

Extrait de l’entretien avec Isabelle Cerboneschi pour all-i-c.com 26/04/2018

Intervenants du 26 mai :
Geneviève Brisac, écrivain – Danièle Brun, psychanalyste – Eliane Corrin, dermatologue – Daniel Duigou, prêtre – Marie-Agnès Gillot, danseuse étoile et chorégraphe de l’Opéra de Paris – Roland Gori, psychanalyste – Philippe Gutton, psychanalyste – Ouriel Rosenblum, psychanalyste.

Programme et inscriptions : http://www.medpsycha.org

Pudeur / Impudeur

La SMP poursuit son questionnement sur les liens entre médecine et psychanalyse. L’année 2018 est consacrée au thème Pudeur/Impudeur sur 3 après-midis avec l’apport d’intervenants appartenant au monde de la communication. D’une pudeur presque trop étendue, la technologie nous mène aux limites de l’impudeur et de l’intimité, voire de l’immixtion imprévue et imprévisible dans la vie privée. Le numérique dont nous avons parlé l’an dernier et les objets connectés nous aident et nous violent. Nos conférences, nos tables rondes sont faites pour en parler et pour y réfléchir davantage. Toutes les informations sont sur notre site www.medpsycha.org

Danièle Brun

LA SMP pour 2018 ?

Dans la suite du colloque de janvier 2017 « Tous connectés : le numérique et le soin », le livre des actes et l’enregistrement des journées ont connu une large audience si l’on en juge par les différentes commandes qui nous ont été adressées. Voilà une nouvelle occasion d’adresser un grand merci aux auteurs du livre et aux contributions orales de nos différents intervenants.

Ce thème de la santé numérisée que nous avons regroupé sous le titre « Tous connectés : le numérique et le soin » a bien montré son actualité dans la pratique des soins psychiques et somatiques aujourd’hui, nourrie par les nouvelles technologies.

Pour le moment la SMP ne prévoit pas de nouveau colloque en 2018. Elle maintient ouverts ses groupes d’échanges sur les pratiques entre médecins et psychanalystes, tels qu’annoncés sur notre site www.medpsycha.org.

Si se dégageait, à la faveur de ce message, l’idée d’une soirée autour d’un thème et/ou de plusieurs ouvrages concernant la double approche des soins qui fait notre spécificité, il faut et il suffit de nous l’adresser par écrit à contact@medpsycha.org.

Danièle Brun

« Présence numérique, présence physique »

L’une n’empêche pas l’autre, selon le philosophe Stéphane Vial, cité par Le Monde du 22 octobre. Voilà qui ne permet cependant pas de circonscrire les effets du numérique sur la relation de soin ni sur la pensée. Parlera-t-on bientôt d’une e-pensée, d’une e-intimité comme on parle de e-santé ? Nos mode d’expression seront-ils bientôt numérisés ? Quelle inventivité l’homme déploiera-t-il pour conserver son libre arbitre et profiter des avantages du numérique ? Comment préserverons-nous cette part de soi qui alimente notre rapport aux autres ? La psychanalyse et la médecine seront-elles mises à mal par le numérique ? C’est un enjeu dont il nous faut débattre en envisageant ses effets à tous les âges de la vie.

Tel est le principal objet du colloque des 27 et 28 janvier 2017 au Musée Dapper. Découvrirons nous une parenté entre l’usage des masques africains et celui des masques dont, qu’on le veuille ou non, le numérique tend à recouvrir nos visages ? Discutons en d’abord en ateliers. Ils nous feront entrer dans le vif du colloque et des débats, dès le jeudi soir 26 janvier à 20h à Paris 75006.
À découvrir sur notre site www.medpsycha.org

« L’écran coupe-t-il la parole ? »

o   Le Monde Idées du samedi 22 octobre titre : L’écran coupe-t-il la parole ? avec l’image d’une famille où chacun est occupé avec sa tablette ou son Smartphone.

o   En est-il de même entre les malades, leur entourage et leurs soignants ?

o   L’outil numérique qu’utilise chacun de leur côté les partenaires et acteurs du soin du côté soignants comme du côté soignés, change t-il le vécu et l’évolution d’une maladie ? Empêche-t-il l’échange, la parole, le partage, la mise en mots des maux du corps ?

o   Présent à tous les âges et à toutes les époques de la vie, l’écran est un appendice dont nul ne sait plus se passer. Envisageons les soins, le devenir de la relation médecin-malade et les différentes manières de prendre soin de soi avec lui.

o   La question sera au centre de nos débats, envisagé sous toutes ses facettes lors de notre 16 e colloque intitulé : 

o   o   Tous connectés : le numérique et le soin

Quand : les vendredi 27 et samedi 28 janvier 2017

Où ? : Dans ce lieu magique où règnent les masques africains qu’est Le musée DAPPER, au 35 bis rue Paul Valéry, 75116.

Attention : La date des ateliers est avancée au jeudi 26 janvier de 20h à 22 h

Les inscriptions sont ouvertes sur notre site : www.medpsycha.org.

 

Danièle Brun.

Ouverture

o     La SMP a le plaisir de vous annoncer l’ouverture de son blog publications e-medpsycha.

o     En images sur le bandeau les couvertures de nos sept derniers actes de colloques. Notre collection bi-disciplinaire est aujourd’hui unique du fait de son ancienneté et de son articulation sur les colloques dont le thème est choisi en fonction de son actualité dans le champ de la médecine et des sciences humaines. On y réfléchit depuis 1993 à l’évolution de la relation médecin-malade en fonction des âges, des partenaires en présence et de l’évolution des techniques et des thérapeutiques médicales.

o   Tout a commencé par la pédiatrie sous le titre Pédiatrie et psychanalyse où mille personnes vinrent assister aux débats à la Maison de la Chimie. On trouvera ici dans la rubrique « Archives », la reproduction du texte écrit par Didier Anzieu et publié dans le volume des actes 1993 : « Beckett enfant ».

o     De même pour l’ouverture de ce blog, à titre d’information et d’incitation au dialogue, on trouvera entre autres dans la rubrique «+Archives+» le texte de René Frydman publié dans le livre sur Le risque (2013), intitulé : « Le risque de naissance », ainsi que la contribution de Jean-Claude Ameisen dans le livre sur La peur (2015) intitulé « Dans l’oubli de nos métamorphoses ».

o     Nous vous proposons enfin la lecture de l’un des derniers articles de Danièle Brun : « La place de la psychanalyse dans la médecine ». Tel est en effet le principal objet de nos recherches dans le champ de la médecine. Y-a-t-il une place et laquelle pour la psychanalyse dans le champ de la médecine ? C’est une question que Jacques Lacan initia lors d’une conférence demeurée célèbre au Collège de Médecine et sur laquelle on peut revenir sans crainte de « ringardise ».

logo-smpo  Aujourd’hui nous nous acheminons vers de nouveaux actes, étayés sur un prochain colloque intitulé « Tous connectés : le numérique et le soin ».

o    La résistible ascension du numérique n’est pas, quoi qu’on dise quoi qu’on écrive, synonyme de maltraitance annoncée du côté des soins. La nostalgie de la clinique d’autrefois est une forme de retrait devant les progrès de la science et de l’allongement des survies. Travailler avec le numérique : cela se présente parfois comme une injonction y compris chez les professionnels de santé. Il existe aujourd’hui chez les patients un mouvement indépendantiste qui peut mener les praticiens de la santé à se sentir délestés d’une part de leur pratique. La part relationnelle précisément.

o    Nous vous offrons la primeur de cette nouvelle thématique pour vous inciter à vous exprimer sur ce blog (rubrique « commentaires » en haut à droite de chaque article) et à entretenir nos échanges sur la place de la psychanalyse dans la médecine.

Danièle Brun.